AKTOR entre dans le GNL grec

Maritime infrastructure stands waiting in a landscape that has not yet seen the water.
Composition d image · tobriefAKTOR a signé le 9 juillet un accord préliminaire pour acheter 50 % de Dioriga Gas à Motor Oil. Le projet, un terminal flottant de GNL dans le golfe de Corinthe, parie sur une nouvelle route gazière vers l’Europe du Sud-Est. Reste à prouver que le marché en a besoin.
L’accord dit moins une certitude industrielle qu’un pari géopolitique. Deux des grands groupes grecs, AKTOR et Motor Oil, veulent se placer sur l’idée que la Grèce peut devenir l’une des portes d’entrée du gaz naturel liquéfié vers les Balkans, la Roumanie, la Moldavie et l’Ukraine. Mais le texte signé reste un accord-cadre : il fixe les grandes lignes de l’opération, encore soumise aux contrats définitifs, aux validations des conseils d’administration et aux autorisations réglementaires (Protothema).
Le corridor attire l’argent. Pas encore le terminal.
Dioriga est un FSRU, pour floating storage and regasification unit : une unité flottante, de la taille d’un navire, où les méthaniers déchargent du GNL, ensuite réchauffé pour redevenir du gaz injectable dans les réseaux. Motor Oil affirme que le projet dispose des permis et études nécessaires (Enikos). À ce stade, aucune confirmation indépendante n’établit toutefois une date de lancement des travaux ni l’existence de réservations fermes de clients.
La logique commerciale repose sur le Corridor vertical, une route gazière sud-nord que l’Union européenne traite comme un axe de diversification dans le cadre CESEC, le dispositif consacré à la connectivité énergétique de l’Europe centrale et du Sud-Est (Commission européenne). Le mécanisme est simple : le gaz arrive par bateau en Grèce, il est regazéifié, puis il remonte par les interconnexions vers la Bulgarie, la Roumanie, la Moldavie et l’Ukraine.
Cette route commence, elle, à recevoir des engagements financiers réels. Lors des premières enchères de capacité de long terme au point frontalier gréco-bulgare de Sidirokastro, les acheteurs ont réservé plus de 45 % de la capacité disponible pour l’année gazière 2026-2027 et les quatre années suivantes (Protothema English). Ces réservations comptent : une entreprise ne paie pour bloquer de l’espace dans un gazoduc que si elle anticipe d’y faire passer du gaz. Metlen a réservé environ 20 GWh par jour ; DEPA Commercial et Atlantic SEE LNG Trade ont pris ensemble près de 13 GWh par jour.
Atlantic SEE, coentreprise détenue à 60 % par AKTOR, a aussi réservé séparément 4,7 TWh par an de capacité dans le corridor pour acheminer du GNL américain dans la région avant 2030 (To Vima). Elle tente encore de transformer des protocoles d’accord avec la Bulgarie, la Roumanie et l’Ukraine en contrats contraignants de vingt ans (Parapolitika).
Ces engagements prouvent une demande pour la route, pas pour Dioriga. Les points d’entrée grecs existants sont déjà confrontés à une sursouscription. Surtout, le corridor n’est devenu suffisamment attractif qu’après une baisse du tarif de transit, passé d’environ 9,39 euros/MWh à moins de 6 euros/MWh pour l’ensemble du trajet Grèce-Ukraine (Euro2Day, Știripesurse). Ces coûts sont d’abord supportés par les expéditeurs, puis répercutés dans le prix final payé par les acheteurs. Le fait qu’il ait fallu près de 40 % de baisse tarifaire pour déclencher des engagements dit la fragilité économique du montage.
La Croatie et la Roumanie visent déjà les mêmes acheteurs
Dioriga n’arrive pas sur un marché vide. Le terminal GNL de Krk, en Croatie, fonctionne depuis 2021 et sa capacité a été portée à 6,1 milliards de mètres cubes par an (Poslovni). En Roumanie, le champ offshore Neptun Deep, détenu à parité par OMV Petrom et Romgaz, doit produire son premier gaz à partir de 2027, avec un plateau annoncé autour de 8 milliards de mètres cubes par an (HotNews). Ces deux alternatives ciblent une partie des mêmes acheteurs enclavés que la Grèce veut atteindre.
Qui gagne, qui paie
Si Dioriga trouve son marché, Motor Oil et AKTOR engrangeront les bénéfices, les infrastructures grecques de transit percevront des droits, et les acheteurs en Bulgarie, en Roumanie et dans les Balkans occidentaux disposeront d’un levier supplémentaire face à leurs fournisseurs actuels.
Si le projet échoue commercialement, les actionnaires absorberont le premier choc. Mais le risque ne s’arrête pas toujours à eux. La Bulgarie connaît déjà la manière dont des infrastructures gazières sous-utilisées peuvent finir par peser sur le public. L’accord Botas-Bulgargaz prévoyait, selon les informations disponibles, 500 000 euros par jour de paiements fixes de capacité, indépendamment de l’usage réel, jusqu’au gel du contrat pendant quinze mois par les deux parties (3e-news, BTA). Quand des terminaux ou des gazoducs comportent des clauses de type take-or-pay, par lesquelles l’acheteur paie même s’il n’utilise pas le gaz, les gouvernements absorbent souvent les pertes via les tarifs régulés. Les consommateurs règlent alors la facture.
La Hongrie et la Slovaquie, situées plus loin en aval, envoient pour l’instant le signal le plus faible. Aucun élément public ne montre que leurs gestionnaires de réseau ou leurs négociants gaziers se soient engagés sur la route grecque. Leur approvisionnement habituel passe par TurkStream, et le GNL grec ne les intéressera que si son prix livré bat cette référence (Denník E).
L’accord AKTOR-Motor Oil mise donc sur un déplacement du problème énergétique en Europe du Sud-Est : il ne s’agit plus seulement de trouver du gaz, mais de construire des routes utilisables à un prix compétitif. Le corridor dispose désormais de réservations réelles et d’une dynamique tarifaire. Ce qu’il ne démontre pas encore, c’est que la région a besoin de ce terminal-là, à cet endroit-là, en plus des capacités déjà construites ou en cours de développement.
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- 7/10/2026, 2:41:23 AM
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