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EU_ECONOMICS15 / 18 · histoire du jour3 min · 1.004 mots · 22 sources

ASML vise €45 milliards en 2026

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Écrit par IAto brief AI · 16 juillet 2026, 02:50
Comment elle a été écrite

The foundation of the global AI economy rests on a single European bottleneck.

Composition d image · tobrief
le texte · 3 min de lecture

ASML vise désormais 43 à 45 milliards d’euros de ventes en 2026, contre 36 à 40 milliards jusqu’ici. Le groupe néerlandais profite de la ruée vers les puces d’IA, mais l’Europe reste surtout maîtresse d’un goulet d’étranglement industriel, pas de toute la chaîne de valeur.

La hausse de prévisions d’ASML dit quelque chose de très précis sur l’économie de l’intelligence artificielle : avant les modèles, les applications et les promesses de productivité, il faut des usines capables de graver des puces toujours plus complexes. Or ces usines dépendent d’un fournisseur européen presque irremplaçable. Le groupe de Veldhoven a relevé son objectif de chiffre d’affaires 2026 à 43-45 milliards d’euros, contre 36-40 milliards, parce que les fabricants de processeurs et de mémoires pour l’IA commandent davantage de machines de lithographie, ces équipements qui impriment les circuits sur les galettes de silicium (ASML, CNBC). Au point médian, l’ajustement représente environ 5 milliards d’euros de revenus supplémentaires.

Le mécanisme est simple. Les modèles d’IA exigent une puissance de calcul massive, ce qui tire la demande de processeurs avancés et de mémoires à haute performance. Les fondeurs et fabricants de mémoire qui les produisent, de TSMC à Samsung, SK Hynix et Micron, doivent donc agrandir leurs lignes de production. Agrandir, dans ce secteur, signifie acheter les équipements d’ASML (Economic Times/Reuters).

Pourquoi ASML a du pouvoir sur les prix, pas seulement de la demande

La quasi-totalité des capacités supplémentaires prévues jusqu’en 2027 pour les machines EUV d’ASML, sa technologie de lithographie la plus avancée, est déjà réservée. L’EUV, pour « ultraviolet extrême », permet de graver les circuits les plus fins nécessaires aux puces de dernière génération. ASML prévoit d’augmenter en 2027 sa production de 30 % pour ces machines, mais aussi pour ses systèmes DUV plus anciens, fondés sur l’« ultraviolet profond » (ASML, Biz Chosun).

Cette saturation du carnet de commandes se lit dans les marges. ASML vise désormais une marge brute de 54-56 %, contre 51-53 % auparavant (Yahoo Finance/Reuters). Quand un client sait que la machine dont il a besoin ne peut pas être remplacée par une solution équivalente, et que les créneaux de livraison sont déjà pris plusieurs années à l’avance, le rapport de force bascule vers le fournisseur.

Le revenu tiré des services et des mises à niveau sur les machines déjà installées a atteint environ 2,8 milliards d’euros au deuxième trimestre, soit près de 300 millions d’euros de plus qu’attendu (Investing.com). Les clients paient donc aussi pour extraire davantage de rendement des équipements qu’ils possèdent déjà. C’est un cycle d’investissement où les fabricants engagent aujourd’hui des sommes considérables pour des usines dont les puces sortiront plus tard.

Quatre pays, quatre étages du même boom

ASML est néerlandais, mais la valeur qu’il déclenche se répartit entre plusieurs pays européens. En Allemagne, Carl Zeiss SMT fournit les optiques de précision au cœur des systèmes EUV (FAZ, Dr. Web). Plus ASML vend de machines, plus Zeiss expédie de composants critiques. Berlin subventionne aussi directement la fabrication de semi-conducteurs : l’usine TSMC de Dresde a reçu environ 5 milliards d’euros d’aides publiques (ZEIT).

En Belgique, l’imec, centre de recherche indépendant basé à Louvain, exploite des lignes pilotes sur lesquelles les industriels testent de nouveaux procédés avec les équipements d’ASML avant de passer à la production de masse. Un accord de cinq ans installe toute la gamme d’outils d’ASML dans la ligne pilote NanoIC de l’imec (imec, Data Center Dynamics). En Irlande, Intel a annoncé 5 milliards d’euros d’investissements pour moderniser son site de Leixlip, destiné à l’IA et au calcul haute performance (RTÉ, Reuters).

Les Pays-Bas intègrent la machine, l’Allemagne fournit des composants de précision, la Belgique valide les procédés de prochaine génération, l’Irlande fabrique des puces. Chacun capte une couche différente du boom matériel de l’IA. C’est une forme de souveraineté européenne très concrète, mais fragmentée.

Là où la prise européenne se desserre

Les clients d’ASML sont presque tous hors d’Europe. La plupart des puces produites grâce à ses machines sont conçues, assemblées, encapsulées ou utilisées en Asie et aux États-Unis. L’Europe fabrique l’outil que personne d’autre ne sait produire à ce niveau, mais les profits les plus visibles de l’IA se concentrent chez les concepteurs de puces comme Nvidia, les plateformes cloud comme Microsoft et Amazon, et les entreprises qui bâtissent leurs services sur cette infrastructure. Nous contrôlons le goulet d’étranglement, pas toute la chaîne.

Le carnet de commandes reste aussi concentré. Une poignée d’acheteurs pèse sur l’essentiel des revenus, et chaque machine coûte plusieurs centaines de millions d’euros. Le report d’une commande par un grand client peut donc déplacer les résultats trimestriels.

Les contrôles à l’exportation ajoutent un risque politique. ASML affirme n’avoir jamais livré de machines EUV ni de pièces liées à l’EUV à la Chine (FAZ). Mais la Chine devrait encore représenter environ 20 % des ventes attendues en 2026, via les équipements DUV plus anciens et les services associés (ASML, Economic Times/Reuters). Si les restrictions poussées par Washington se durcissent, cette part pourrait diminuer. La Haye applique des règles qu’elle ne fixe pas seule.

L’infrastructure forme une autre limite. Intel a signalé le coût élevé de l’électricité et de la construction en Irlande ; un éditorial de l’Irish Times estimait que l’énergie, l’eau et le logement seraient le véritable test pour accueillir des projets de cette taille (Irish Times). L’industrie des semi-conducteurs ne se résume pas à des subventions et à des salles blanches : elle exige des réseaux électriques, des compétences et des territoires capables d’absorber des investissements lourds.

La prévision relevée d’ASML confirme donc que l’Europe domine l’un des étages les plus difficiles à reproduire de l’économie mondiale de l’IA, avec des retombées immédiates aux Pays-Bas, en Allemagne, en Belgique et en Irlande. Elle ne prouve pas encore que cette avance se transforme en profondeur industrielle. L’écart se mesure en usines, en ingénieurs, en énergie disponible et en décisions que Bruxelles, Berlin, Dublin et La Haye n’ont pas encore prises.

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