La Belgique menace de quitter le programme des frégates

The junior partner finds itself crushed by the weight of an unmovable contract.
Composition d image · tobriefLe ministre belge de la défense donne jusqu’à octobre aux Pays-Bas et au chantier Damen pour redresser le programme commun de frégates. Le coût unitaire aurait plus que doublé, autour de 1,3 milliard d’euros, et la première livraison glisserait à 2033.
La coopération navale belgo-néerlandaise devait montrer comment deux petites marines de l’OTAN pouvaient acheter mieux en achetant ensemble. Elle montre surtout le risque d’un contrat partagé dans lequel le partenaire secondaire paie, attend, mais ne tient pas le volant.
Qui pilote le contrat, qui paie seulement
Le partenariat naval entre la Belgique et les Pays-Bas repose sur une répartition par type de navire. Bruxelles pilote le remplacement des chasseurs de mines ; La Haye pilote celui des frégates. Le pays chef de file gère la relation industrielle, conduit le contrat et prend les décisions quotidiennes. L’autre finance sa part et reçoit ses bâtiments, sans négocier directement avec le chantier.
Ce montage fonctionne tant que le programme reste sous contrôle. Sur le volet belge des chasseurs de mines, la rupture n’a pas eu lieu : le Tournai prépare ses essais en mer, tandis que d’anciens navires sont déjà transférés à la Bulgarie (Army Recognition, Baird Maritime). Les douze bâtiments, construits par Naval Group, avancent selon le calendrier prévu (Naval Group).
Le volet néerlandais des frégates, lui, s’est enrayé. En juin 2023, le ministère néerlandais de la défense avait signé avec Damen un contrat portant sur quatre frégates de lutte anti-sous-marine, deux pour chaque marine (Dutch Defence).
Ce qui a dérapé, et ce que cela coûte
Selon NRC, le problème vient d’abord de la conception. Les armes et les capteurs ne tiendraient plus dans la coque prévue. Une coque plus grande impose de revoir la propulsion, la stabilité et donc le coût. Le navire a grossi ; le budget avec lui.
Politiquement, l’addition devient difficile à défendre. Le ministre Theo Francken affirme que le coût est parti d’environ 600 millions d’euros par navire. Des médias belges évoquent désormais un montant qui pourrait atteindre 1,8 milliard d’euros en prix 2022 (RTBF). Il s’agit de déclarations ministérielles et de chiffres de presse, pas de valeurs contractuelles auditées. Même les estimations basses décrivent pourtant un doublement.
Une livraison en 2033 créerait un trou capacitaire. Les frégates belges vieillissantes Leopold I et Louise-Marie pourraient être retirées du service sans remplaçantes disponibles. Autour de 2030, la Belgique risquerait de ne plus disposer d’un seul navire d’escorte déployable, au moment même où l’OTAN demande aux marines européennes davantage de capacités anti-sous-marines dans l’Atlantique et en mer du Nord.
Le marché existe, les créneaux industriels manquent
Francken veut recevoir d’ici octobre des offres alternatives de chantiers français, allemands, espagnols, italiens et turcs. Naval Group produit déjà en série sa frégate de défense et d’intervention, mais le site de Lorient est chargé jusqu’en 2034 (franceinfo). L’espagnol Navantia vient de poser la troisième quille de sa classe F-110, mais ces bâtiments entrent encore progressivement en service dans la marine espagnole (La Voz de Galicia). En Europe, les chantiers capables de produire des frégates ont leurs carnets de commandes pleins. Le problème n’est pas l’absence de modèles disponibles, mais l’absence de créneaux de production.
Changer de fournisseur ouvrirait un autre front. L’Allemagne a récemment annulé son propre programme de frégates, dont Damen était maître d’œuvre, pour se tourner vers son concurrent TKMS. Cette sortie a déjà déclenché des accusations de rupture abusive et pourrait donner lieu à des demandes d’indemnisation se chiffrant en milliards (Zeit, NZZ). Annuler un contrat de défense n’efface pas le problème ; cela peut le transformer en contentieux de plusieurs années.
Le piège
La Belgique se retrouve avec trois mauvaises options. Rester avec Damen et absorber à la fois les surcoûts et le trou capacitaire. Sortir du programme, au prix d’éventuelles pénalités, de travaux perdus et d’une nouvelle file d’attente industrielle. Ou brandir les alternatives comme levier de négociation, en espérant que les Pays-Bas puissent contraindre Damen à livrer.
Personne n’a encore établi publiquement la part de responsabilité de Damen, celle de la gestion néerlandaise du programme et celle d’exigences belgo-néerlandaises qui auraient évolué en cours de route. Sans ce partage précis, la décision d’octobre se prendra en partie à l’aveugle.
Le programme des chasseurs de mines prouve que l’achat commun peut fonctionner. Celui des frégates en fixe la condition : chaque partenaire doit savoir qui peut arrêter le contrat, qui paie quand le calendrier dérape, et ce qui se passe si le pays chef de file perd le contrôle industriel. La Belgique n’a pas sécurisé ces réponses. Tous les gouvernements européens qui poussent aujourd’hui les achats de défense mutualisés devraient poser la question de Francken avant de signer, pas après.
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- 7/20/2026, 2:32:25 AM
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