Berlin contourne l’UE sur l’Ukraine

An informal room with no walls forms where the traditional treaties have failed.
Composition d image · tobriefAprès une frappe russe massive sur Kyiv, l’Ukraine a relancé à Berlin un canal de paix avec la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni. Ce format rapide remplace, faute de mieux, une procédure européenne paralysée, mais il exclut Varsovie, Rome et les Baltes.
La Russie a tiré, les 23 et 24 mai, un missile Oreshnik à capacité nucléaire vers la périphérie de Kyiv, pour la troisième fois depuis le début de la guerre. Quarante-huit heures plus tard, le négociateur en chef ukrainien était à la chancellerie allemande avec les conseillers à la sécurité nationale de trois puissances européennes, pour esquisser le processus de paix que les États-Unis ont laissé en suspens.
Le bombardement et le refus
La frappe a été le plus vaste bombardement russe de 2026 : environ 90 missiles, dont 36 balistiques, et 600 drones ont visé Kyiv, tuant au moins quatre personnes et en blessant près de 100. L’Institute for the Study of War estime que l’opération a coûté à Moscou environ 361 millions de dollars (ISW). Le ministère russe des affaires étrangères a ensuite ordonné à tous les diplomates étrangers de quitter Kyiv, annonçant le début de « frappes systématiques contre les installations militaro-industrielles ukrainiennes » (Al Jazeera).
Aucun gouvernement européen ne s’est exécuté. Le porte-parole du Quai d’Orsay a dénoncé « une nouvelle intimidation » et indiqué que Paris n’évacuerait pas (Le Figaro). À Berlin, le directeur politique de l’Auswärtiges Amt, un haut fonctionnaire placé sous le niveau ministériel, a convoqué l’ambassadeur russe Sergueï Netchaïev : un signal de fermeté, mais calibré pour éviter l’escalade diplomatique maximale (Deutschlandfunk). La Pologne a prévenu qu’une frappe contre son ambassade serait traitée comme « un acte délibéré d’agression » (Polsat News). Plus de 50 pays ont condamné la Russie au Conseil de sécurité de l’ONU (Kyiv Post, UN).
Washington a choisi un autre registre. Le secrétaire d’État Marco Rubio n’a pas condamné les frappes et s’est borné à rappeler que Kyiv était « un endroit très dangereux » (RFE/RL). Il a confirmé que les discussions américaines de paix étaient « gelées ».
L’E3 accélère
Le 26 mai, le négociateur en chef ukrainien, Roustem Oumerov, a rencontré à Berlin l’E3, le format qui réunit l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni par l’intermédiaire de leurs conseillers à la sécurité nationale (Ukrinform). L’Allemand Günter Sautter accueillait la réunion. Le chancelier Friedrich Merz était absent, ce qui signale une prudence assumée au plus haut niveau.
L’E3 n’a ni traité, ni secrétariat, ni mandat juridique. Né en 2003 pour négocier avec l’Iran sur son programme nucléaire, il associe Paris, Berlin et Londres hors des structures de l’Union européenne. Le Brexit n’a donc pas mis fin à la participation britannique. Son avantage est la vitesse : là où la politique étrangère et de sécurité commune de l’UE exige en général l’unanimité des 27 États membres et des semaines de coordination, l’E3 peut se réunir en quelques jours. Volodymyr Zelensky a proposé, le 20 mai, de formaliser un canal « E3 plus Ukraine » (newsukraine.rbc.ua).
La rapidité a un prix politique
Cette rapidité se paie en légitimité. La Pologne, principal soutien militaire régional de l’Ukraine, n’a pas de siège. L’Italie, troisième économie de l’UE, non plus. L’objection de Varsovie est structurelle : par sa taille, sa géographie et son exposition directe à la menace russe, la Pologne se considère comme un acteur naturel de toute négociation entre l’Europe, Kyiv et Moscou (Rzeczpospolita). Les membres de l’E3 répondent qu’un petit format négocie plus vite. Aucun responsable polonais n’a publiquement visé la réunion du 26 mai en particulier, mais la tension est là.
Le désaccord dépasse la question du format. La France et l’Italie sont favorables à l’ouverture d’un canal diplomatique avec Moscou. L’Allemagne, la Pologne et les États baltes s’y opposent, estimant que des discussions avant un retrait russe reviendraient à récompenser l’agression (Euronews). Les ministres européens des affaires étrangères ont discuté, lors du Gymnich de Limassol des 27 et 28 mai, de la nomination d’un représentant spécial pour l’Ukraine. Mais ce type de réunion ministérielle informelle ne prend pas de décision contraignante, et le porte-parole de l’UE a douché les attentes : un envoyé ne se justifierait que « lorsque la Russie aura démontré une volonté réelle de mettre fin à la guerre » (EEAS).
Faute de voie institutionnelle européenne, la vitesse informelle de l’E3 occupe l’espace. C’est efficace à court terme, mais politiquement coûteux : les États les plus exposés à l’agression russe, la Pologne et les Baltes, restent exclus du format où se dessine leur propre sécurité. Varsovie arme la ligne de front ukrainienne. Rome finance la reconstruction. Ni l’une ni l’autre ne siège là où les termes de la paix commencent à se rédiger.
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- 5/27/2026, 3:02:41 AM
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