Bulgargaz et Naftogaz proches d’un accord

Commercial capacity is booked, but the physical pipes await their first molecule of gas.
Composition d image · tobriefBulgargaz et Naftogaz seraient proches d’un accord bilatéral pour acheminer du gaz vers l’Ukraine par le sud-est européen. Le corridor existe, des capacités ont été réservées, mais aucun flux physique vers les stockages ukrainiens n’est encore établi.
Si un méthanier américain accoste en Grèce cet automne et que son gaz atteint les stockages ukrainiens en novembre, il aura traversé cinq réseaux nationaux dans un sens pour lequel ces infrastructures n’avaient pas été conçues. Depuis que Moscou a transformé ses gazoducs en levier politique, ce scénario n’a jamais paru aussi plausible. Mais entre l’intérêt commercial et la livraison effective, il reste une marche décisive.
Les compagnies publiques bulgare et ukrainienne, Bulgargaz et Naftogaz, seraient proches d’un accord bilatéral. Un député bulgare a confirmé que les deux parties étaient « proches de signer un contrat », tout en précisant que « rien n’a été signé » et qu’aucune condition juridiquement contraignante n’existe à ce stade (SEGA, Fakti). Les volumes, les prix et la durée restent inconnus.
Le corridor existe sur le papier. Les entreprises commencent à payer pour l’utiliser.
Le Corridor gazier vertical n’est pas un nouveau gazoduc unique. Il agrège des réseaux existants et modernisés en Grèce, en Bulgarie, en Roumanie, en Moldavie et en Ukraine pour créer une route commerciale sud-nord. Sa capacité actuelle est d’environ 5,03 milliards de mètres cubes par an, avec une première extension visant 9,41 milliards de mètres cubes (Energy Industry Review, ZF).
Début juillet, les premières enchères de capacité de long terme à Sidirokastro, le point d’interconnexion entre la Grèce et la Bulgarie, ont attiré de vrais acheteurs. Environ 46 % des capacités disponibles ont été réservées pour les années gazières 2026/2027 à 2029/2030 (Energy World, OT). Ce ne sont plus seulement des communiqués gouvernementaux : des négociants en énergie paient pour disposer d’un accès futur aux tuyaux.
Une réservation de capacité reste toutefois un droit d’usage, pas une livraison. Elle ne signifie ni achat de gaz, ni nomination quotidienne de flux, ni arrivée d’un seul mètre cube en Ukraine. La Roumanie vérifie encore si le tarif, c’est-à-dire le coût complet du transport à travers le système, est assez bas pour rendre la route attractive. Le prix cité entre la Grèce et l’Ukraine est de 5,85 euros/MWh, après de récentes réductions sur le segment roumain (Euro2day, Parapolitika). Sans comparaison directe avec les frais de transit par la Pologne ou la Slovaquie, la viabilité commerciale de ce prix reste difficile à établir.
L’erreur coûteuse de la Bulgarie devient l’infrastructure des autres
La Bulgarie a l’incitation financière la plus nette à faire fonctionner ce corridor. Par un contrat signé en janvier 2023, Bulgargaz s’était engagée à payer environ 500 000 euros par jour pour des capacités turques de regazéification, c’est-à-dire le droit de transformer du GNL en gaz injectable dans un réseau de gazoducs, qu’elle a très peu utilisées. Au printemps, les arriérés envers le turc BOTAS atteignaient environ 360 millions d’euros (BTA). En mai, les livraisons effectives n’étaient que de 25 millions de mètres cubes, contre une capacité contractuelle de 154 millions de mètres cubes par mois (EADaily).
Après la rencontre de juin entre le président Roumen Radev et Recep Tayyip Erdoğan, ce contrat a été gelé pour quinze mois : la Bulgarie ne paie plus que les capacités effectivement utilisées pendant que les deux parties renégocient (BNR). La ministre de l’énergie Iva Petrova a affirmé que l’accord ne pèserait pas sur les citoyens bulgares. Cette promesse doit encore passer l’épreuve du bilan : si Bulgargaz absorbe les pertes accumulées, les contribuables ou les consommateurs de gaz pourraient payer plus tard, par des tarifs régulés plus élevés ou par une recapitalisation publique.
Si du gaz destiné à l’Ukraine circule réellement par le corridor, Sofia transforme une charge échouée en revenu de transit. Le contrat déficitaire avec BOTAS devient alors une raison de pousser les volumes du sud vers le nord.
L’Ukraine a besoin de gaz avant l’hiver. Une seule route d’importation fonctionne.
L’objectif de base de l’Ukraine est de disposer de 14,6 milliards de mètres cubes dans ses stockages souterrains avant la saison de chauffage. L’atteindre suppose d’importer pour environ 3,2 à 3,8 milliards d’euros de gaz aux prix actuels (DiXi Group). Début juillet, les stocks atteignaient 12,04 milliards de mètres cubes, avec des importations arrivant uniquement de Pologne, entre 0,8 et 1,6 million de mètres cubes par jour (UEEX). L’UE a mobilisé une garantie de la BERD de 500 millions d’euros pour aider à reconstituer les réserves (European Commission).
Une deuxième direction d’importation compte parce qu’un gazoduc peut exister sans être utilisé. Si les tarifs, les contrats ou les marges attendues ne tiennent pas, les négociants restent à l’écart. Le corridor nord par la Pologne vient d’ailleurs de voir sa dernière enchère de capacité de long terme se terminer sans réservation (TelegrafUA). La route méridionale devient donc l’alternative réaliste pour Kiev.
Ce que les chiffres permettent de conclure
Le corridor est crédible commercialement, mais pas encore éprouvé opérationnellement. Des entreprises paient pour des accès futurs. Le gel du contrat BOTAS donne à la Bulgarie la bonne incitation financière. Le déficit de stockage ukrainien crée un besoin d’achat. La Grèce gagne un rôle de porte d’entrée du GNL, la Bulgarie une sortie possible d’un contrat ruineux, la Roumanie une activité de transit.
Il manque toutefois l’essentiel : pas de contrat d’approvisionnement signé, pas de flux physique sud-nord mesuré, pas de nominations de bout en bout visibles dans les données publiques. La preuve viendra lorsque les stocks ukrainiens commenceront à monter depuis le sud.
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- 7/19/2026, 2:19:41 AM
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