Cernavodă n’a plus que 11 cm

Eleven centimetres of water separate Romania’s grid from another shutdown.
Composition d image · tobriefLe Danube baisse si vite que le dernier réacteur nucléaire roumain encore en service pourrait devoir s’arrêter. Bucarest a alerté l’Union européenne, mais ses voisins, eux aussi touchés par la sécheresse, ont peu de marge pour l’aider.
À Cernavodă, la sécurité d’approvisionnement roumaine se mesure désormais en centimètres. Le 7 août, le niveau d’eau dans le bassin de prise de la centrale atteignait environ -218 cm (Newscenter). Les opérateurs doivent arrêter l’unité 2, dernier réacteur nucléaire roumain encore en service, si ce niveau descend autour de -229 cm (Capital). La marge n’est donc plus que de 11 centimètres, alors que les mêmes relevés font état d’une baisse du fleuve de 2 à 3 cm par jour.
La Roumanie a prévenu Bruxelles et l’ensemble des gouvernements de l’Union au titre du règlement 2019/941, qui oblige les États membres à signaler les risques d’approvisionnement électrique susceptibles de déborder les frontières nationales (Europa FM). Ce mécanisme met les voisins en alerte et facilite la coordination. Il ne crée pas, à lui seul, un mégawatt disponible.
Pourquoi un fleuve trop bas arrête une centrale nucléaire
Les réacteurs de Cernavodă utilisent l’eau du Danube pour refroidir leurs condenseurs, ces équipements qui retransformaient la vapeur en eau après son passage dans les turbines. Sans débit suffisant, le refroidissement ne tient plus ; sans refroidissement, la production doit s’arrêter. L’unité 1 avait déjà été déconnectée le 28 juillet, lorsque le débit était tombé à environ 1 630 mètres cubes par seconde, très loin de la moyenne d’août, autour de 3 900 (Agerpres, HotNews).
Depuis, Bucarest tente de gagner du temps par des travaux d’urgence : dynamitage d’une formation rocheuse, dragage du chenal, préparation de barges destinées à réorienter le flux. L’explosion de la roche a fait remonter le niveau d’environ 2 cm (Euronews România). Emil Macovei, directeur technique de Nuclearelectrica, estime que l’opération avec les barges pourrait offrir deux à trois jours supplémentaires, mais que l’unité 2 s’arrêterait probablement ensuite si la décrue se poursuit (Digi24).
Les voisins capables d’aider sont eux aussi sous tension
L’unité 2 produit environ 680 MW, soit 8 à 9 % de la pointe roumaine du soir, que la canicule a poussée vers 8 000 MW (Europa FM). La Roumanie importait déjà près de 1 700 MW lors de ces pics. Si l’unité 2 s’arrête, le besoin d’importation pourrait dépasser 2 500 MW (Financial Intelligence).
Le problème est que les fournisseurs naturels de cette électricité regardent le même fleuve baisser. En Hongrie, la centrale de Paks serait tombée début août à environ 480 MW, contre 2 000 MW en fonctionnement normal, obligeant Budapest à importer de l’électricité et à puiser dans ses réserves de gaz (Pénzcentrum, MVM).
La Bulgarie reste le soutien le plus net. Le matin du 7 août, elle exportait 1 355 MW vers la Roumanie, grâce au solaire et au charbon (economic.bg). Mais les autorités bulgares ont indiqué que les capacités d’exportation avaient été « pleinement utilisées » ces derniers jours (ministère bulgare de l’énergie). Et les réacteurs de Kozloduy dépendent, eux aussi, du Danube.
Qui gagne, qui paie
Les gagnants immédiats sont les négociants et les producteurs flexibles capables de vendre de l’électricité rare aux heures du soir. Les prix journaliers en Europe centrale et du Sud-Est intègrent déjà des primes liées aux tensions sur Paks et Cernavodă (Serbia Energy).
Les premiers perdants sont les clients de Nuclearelectrica. L’entreprise les a avertis qu’elle pourrait ne pas honorer ses contrats de livraison en invoquant la force majeure, l’argument juridique selon lequel un événement extérieur exceptionnel empêche une société de remplir ses obligations (ZF). Les industriels risquent des réductions de consommation volontaires ou imposées bien avant que les ménages ne voient un changement sur leurs factures réglementées. Transelectrica, le gestionnaire du réseau roumain, a demandé aux grands consommateurs de maintenir leur consommation à un niveau bas afin d’éviter une avarie majeure du système (Mediafax).
Le commissaire européen à l’énergie, Dan Jørgensen, a présenté le groupe de coordination pour l’électricité de l’Union comme un cadre d’échange d’informations (Dan Jørgensen). Le marché européen fonctionne, en temps normal, en envoyant l’électricité là où elle manque. La sécheresse rappelle sa limite physique : la Roumanie, la Hongrie et la Bulgarie ont besoin de puissance supplémentaire aux mêmes heures du soir, tandis que le Danube qui refroidit leurs centrales est précisément celui qui se retire.
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- 8/8/2026, 1:48:58 AM
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