La Chine forme 200 soldats russes aux drones

European political barriers remain stationary while military technology transfers across borders in silence.
Composition d image · tobriefUn accord secret conclu en juillet 2025 a permis à l’Armée populaire de libération de former environ 200 militaires russes entre novembre et décembre. Certains seraient repartis combattre en Ukraine. Pour l’UE, le dossier devient militaire.
La Chine n’apparaît plus seulement comme le soutien économique de la guerre russe. Selon les informations rendues publiques le 19 mai, jour de l’arrivée de Vladimir Poutine à Pékin, trois services de renseignement européens ont suivi pendant des mois un programme couvert par un accord bilatéral sino-russe interdisant toute divulgation publique (Kyiv Independent, n-tv).
Entre novembre et décembre 2025, l’Armée populaire de libération aurait formé ces soldats russes à la guerre des drones, au combat électronique et aux tactiques d’infanterie blindée. L’Union européenne dispose donc des services capables d’établir les faits. Elle ne dispose pas, en revanche, d’un système politique simple pour les sanctionner.
Ce que le programme a vraiment construit
Les participants comprenaient des instructeurs militaires de rang, du sergent subalterne au lieutenant-colonel, souvent choisis précisément pour leur rôle de formateurs. Dans des installations de l’APL à Shijiazhuang, Zhengzhou, Yibin et Nankin, ils se sont entraînés à la coordination entre drones et artillerie, à la guerre électronique anti-drones et au pilotage de drones en vue subjective sur simulateurs chinois.
Selon un service de renseignement, certains diplômés auraient ensuite mené des opérations de drones en Crimée occupée et dans la région de Zaporijjia. Reuters n’a pas pu vérifier cette affirmation de manière indépendante.
Le dispositif était conçu pour être démultiplié. Un instructeur revenu de Chine peut transmettre des techniques chinoises à des centaines d’opérateurs russes. C’est un transfert de technologie par capital humain : Moscou n’obtient pas seulement du matériel ou des composants, mais l’accès à une partie du savoir-faire du premier fabricant mondial de drones.
Le piège de l’unanimité
L’UE a progressivement durci ses sanctions contre les entreprises chinoises qui alimentent la machine de guerre russe. Le 20e paquet de sanctions, adopté en avril 2026, a visé environ 27 entités chinoises et hongkongaises. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, avait qualifié la Chine de facilitateur « de facto » de l’économie de guerre russe (Parlement européen).
Mais sanctionner des sociétés-écrans n’a pas le même coût politique que désigner la Chine comme acteur militaire au niveau étatique. Les cadres juridiques européens sont, en théorie, assez larges pour viser des acteurs qui portent atteinte à l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Le verrou est politique : toute décision de politique étrangère visant des unités de l’APL ou des responsables militaires chinois exige l’unanimité des 27 États membres, donc donne à chacun un droit de blocage.
La Hongrie a régulièrement affaibli ou bloqué les positions collectives européennes sur la Chine. Le passage de sanctions contre des entreprises à des sanctions contre un appareil militaire chinois devient ainsi, dans les faits, presque impossible.
Trois capitales, trois angles morts
L’Allemagne illustre le dilemme le plus nettement. Le chancelier Friedrich Merz a dit le 19 mai espérer que Xi Jinping fasse pression sur Vladimir Poutine pour mettre fin à la guerre, le jour même où Reuters révélait que la Chine avait formé des combattants russes. Les constructeurs automobiles allemands perdent déjà des parts de marché en Chine. Berlin peine à se durcir contre un partenaire économique qu’elle est en train de perdre.
L’Italie suit une logique différente. Trois jours avant les révélations de Reuters, le ministre de l’industrie Adolfo Urso a déclaré que les constructeurs automobiles chinois étaient les « bienvenus » pour racheter des usines Stellantis fermées (Quotidiano Nazionale). Dans le même temps, Rome renforçait discrètement l’examen sécuritaire des investissements chinois dans des secteurs proches de la défense. Aucun responsable italien n’a publiquement relié l’affaire de la formation militaire à cette cour faite à l’industrie chinoise.
La Pologne, elle, regardait ailleurs. Varsovie a passé la semaine à gérer l’annulation d’une rotation de troupes américaines, en insistant sur le fait que cette décision « concerne l’Allemagne, pas la Pologne » (Rzeczpospolita). Le pays qui a le plus à redouter d’une amélioration des capacités russes en drones a à peine ouvert le débat chinois.
Dans les trois cas, le mécanisme est le même : les États membres restent absorbés par leurs crises intérieures, leurs dépendances industrielles et leurs calculs bilatéraux. Pékin peut donc traiter l’Europe comme un ensemble de marchés séparés, au moment même où le dossier exigerait une réponse collective.
Ce qui reste caché
L’accord de juillet 2025 était réciproque. En parallèle de la formation de soldats russes en Chine, des « centaines » de militaires chinois se seraient entraînés en Russie (Investing.com). Ils y auraient absorbé des tactiques éprouvées dans la guerre la plus intensive en drones de l’époque contemporaine.
Si l’APL intègre ces enseignements à sa propre planification opérationnelle, l’échange devient à la fois un problème de sécurité européenne et indo-pacifique. Les dirigeants européens continuent souvent de traiter ces deux théâtres comme séparés. Pékin, manifestement, les pense ensemble.
Trois services de renseignement ont conservé cette information pendant des mois avant qu’elle ne sorte au moment précis où Poutine arrivait dans la capitale de Xi Jinping. La fuite était calculée. La réponse institutionnelle qu’elle devait provoquer, elle, n’a pas encore pris forme.
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- 5/20/2026, 4:13:03 AM
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