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EU_ECONOMICS02 / 05 · histoire du jour4 min · 979 mots · 49 sources

Chypre paie l’essentiel du câble

Écrit par IAto brief AI · 18 août 2026, 02:50
Comment elle a été écrite

The cable promises power, but consumers may receive the bill first.

Composition d image · tobrief
le texte · 4 min de lecture

Des élus américains poussent Washington à soutenir le Great Sea Interconnector, câble électrique entre la Grèce, Chypre et Israël. Mais l’appui politique ne règle pas l’essentiel : qui paiera, quand, et combien les consommateurs chypriotes verront sur leurs factures.

La lettre envoyée à Marco Rubio et à Ben Black, patron de la DFC, l’agence américaine de financement du développement, donne de l’élan diplomatique au Great Sea Interconnector (Schneider House, Protothema). Elle n’apporte ni argent, ni garantie de prêt, ni feu vert de construction. Entre l’annonce politique et le premier mégawatt transporté, toute la question tient au partage des coûts. Pour l’instant, personne ne l’a vraiment tranchée.

Le projet ne manque pourtant pas de soutiens. Bruxelles l’a classé parmi les infrastructures transfrontalières prioritaires et a promis environ 657 millions d’euros de subventions (CINEA, EUR-Lex). Le fonds français Meridiam a signé le 5 août pour prendre 66 % du capital (Greek Prime Minister). Le gestionnaire grec ADMIE conserve 34 % et le pilotage technique ; il a déposé le 13 août auprès des régulateurs la demande d’investissement pour le tronçon Chypre-Israël (ADMIE). Comme nous l’expliquions la semaine dernière, ce dépôt lance la procédure d’approbation avant toute décision finale d’investissement. Le point faible n’est donc pas la légitimité politique du câble, mais le prix qui sera répercuté sur les usagers.

Pourquoi le câble a un sens économique

Chypre reste l’un des derniers États membres de l’Union européenne sans connexion physique au réseau électrique d’un voisin. Cette insularité énergétique oblige l’île à gérer seule les pannes, les pics de demande et les réserves de secours, ce qui renchérit le système et limite l’intégration du solaire et de l’éolien. Le câble doit d’abord relier Chypre à la Grèce, puis à Israël, avec une capacité prévue de 1 000 MW sur environ 1 200 km (ADMIE, OT).

Pour Nicosie, l’intérêt est clair : importer de l’électricité moins chère lorsque la production locale est tendue, exporter les excédents renouvelables quand ils existent, et réduire la vulnérabilité d’un réseau isolé. L’enjeu devient plus pressant après 2029, date à laquelle l’île pourrait perdre une part importante de ses capacités conventionnelles de production (Cyprus Mail). La logique économique tient. Le problème commence dans le passage de cette logique au chantier.

La facture arrive avant l’électricité

Le conflit central porte sur la récupération des coûts : qui finance la construction et quelle part finit dans les factures d’électricité. Pour le tronçon Grèce-Chypre, la clé de répartition attribue 63 % des coûts à Chypre et 37 % à la Grèce. Les consommateurs chypriotes supporteraient donc l’essentiel de la charge régulée. Or le régulateur chypriote, la CERA, freine déjà. Sur les 251 millions d’euros qu’ADMIE dit avoir dépensés, la CERA n’en reconnaît que 32 % comme récupérables via les tarifs de réseau (Protothema, Politis).

Autrement dit, la CERA refuse pour l’instant qu’ADMIE transforme la majorité de ses dépenses déclarées en prélèvement sur les factures. Nicosie affirme aussi qu’elle ne versera rien au-delà de l’accord intergouvernemental de 125 millions d’euros tant que le câble ne fonctionnera pas effectivement (Capital.gr). C’est ici que se joue la redistribution réelle du projet : sécurité énergétique pour Chypre, mais risque de facture anticipée pour ses ménages.

Les investisseurs privés, eux, se verraient garantir un rendement autorisé de 8,3 %, auquel s’ajouterait une prime de 3,7 %, pour une durée de dix-sept ans (Kathimerini, Les Echos). Ces rendements seraient financés, au bout de la chaîne, par les mêmes tarifs de réseau payés par les usagers. La baisse des factures n’a donc rien d’automatique : elle dépendra de la capacité des régulateurs à calibrer la récupération des coûts sans absorber tout le bénéfice des importations moins chères.

Le financement reste lui aussi incomplet. Le ministre chypriote de l’énergie, Michael Damianos, a salué l’arrivée de Meridiam comme un vote de confiance, tout en précisant que toute participation de l’État chypriote au capital attendrait l’étude de diligence de la Banque européenne d’investissement (Marine Cyprus, Sigmalive). Plusieurs jours après la signature, le prix d’acquisition, l’engagement en fonds propres et la répartition des dépassements de coûts n’ont toujours pas été publiés. Les partis d’opposition chypriotes AKEL et DISY réclament des informations avant que Chypre ne prenne de nouveaux engagements (PafosNet, Philenews). L’opération n’a pas non plus été formellement notifiée à la Commission européenne au titre du contrôle des concentrations (CNA).

Le chantier ajoute un risque distinct. Nexans détient un contrat de câble qui vaudrait environ 1,43 milliard d’euros hors TVA, avec 251,4 millions d’euros déjà versés et 160 km de câble produits fin 2024, mais sans ordre complet de lancement des travaux (Capital.gr). Les relevés des fonds marins n’ont pas repris ; les informations sur un avis maritime autorisant ces travaux restent non confirmées (Cyprus Mail). La Cour des comptes européenne a déjà prévenu que les grands projets électriques transfrontaliers accumulent souvent les retards (European Court of Auditors). Le risque concret est donc simple : faire payer les consommateurs avant que le câble ne produise une électricité moins chère ou plus sûre.

La lettre du Congrès américain mentionne la DFC, mais aucune décision de son conseil, aucune feuille de conditions et aucune procédure de diligence n’ont été rendues publiques (Schneider House). Le soutien politique existe. Le financement américain, lui, n’existe pas encore.

Qui gagne, qui perd

Si le câble fonctionne comme prévu, les consommateurs chypriotes gagnent en sécurité d’approvisionnement et en options d’importation. La Grèce devient le pont européen des flux électriques de Méditerranée orientale. Meridiam et ses investisseurs obtiennent un actif d’infrastructure régulé, avec des rendements garantis pendant près de deux décennies. Nexans sécurise un contrat industriel majeur.

La coalition autour du Great Sea Interconnector n’a jamais été aussi large : Athènes, Nicosie, Bruxelles, Paris, Washington, ADMIE, Meridiam, Nexans. Il manque pourtant l’acteur qui décidera si le projet devient une infrastructure ou une querelle tarifaire : les régulateurs chargés d’autoriser ce que les consommateurs paieront.

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8/18/2026, 1:43:46 AM
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