Le gaz chypriote passera par l’Égypte

Europe’s new gas route bends toward Egypt’s growing domestic shortage.
Composition d image · tobriefEni et TotalEnergies vont développer Cronos, premier champ gazier chypriote à entrer en phase de production. Le gaz pourrait arriver en Europe sous forme de GNL dès 2028, mais tout dépendra des infrastructures égyptiennes, dans un pays redevenu importateur net de gaz.
Chypre tient enfin un projet gazier exploitable. Mais sa route vers l’Europe dit presque tout de la nouvelle géographie énergétique méditerranéenne : les molécules viennent de Chypre, la liquéfaction dépend de l’Égypte, et le prix restera fixé par le marché mondial du GNL.
Comment le gaz arrivera en Europe
Le gaz extrait de quatre puits sous-marins situés à environ 185 kilomètres au sud-ouest de Chypre sera acheminé par un nouveau gazoduc de 105 kilomètres vers le système relié à Zohr, le grand champ gazier d’Eni dans les eaux égyptiennes (TotalEnergies, Ahram Online). De là, les infrastructures existantes le transporteront jusqu’à l’usine de GNL de Damietta, sur la côte égyptienne. Le gaz y sera liquéfié, chargé sur des méthaniers, puis expédié vers un terminal européen de regazéification.
Ce choix est d’abord économique. L’Égypte dispose déjà de capacités de liquéfaction, alors que construire une usine autonome à Chypre coûterait environ deux fois plus cher. Le ministre chypriote de l’énergie, Michalis Damianos, a évalué le projet à environ 2 milliards de dollars et indiqué à AP que la construction du gazoduc pourrait commencer plus tard en 2026, pour une durée pouvant aller jusqu’à 18 mois. Les premiers volumes pourraient atteindre les consommateurs européens dès mars 2028 (Euronews, ABC/AP).
L’Égypte a davantage besoin de ce gaz que l’Europe
La dépendance à l’égard de l’Égypte est la principale fragilité du projet. Le pays, autrefois exportateur de gaz, est devenu importateur net. Sa production intérieure est passée d’environ 59 milliards de mètres cubes en 2023 à 42 milliards en 2025, une baisse que la direction générale du Trésor française et l’Agence américaine d’information sur l’énergie attribuent au déclin de Zohr et à la hausse de la demande locale (Trésor français, EIA).
Les importations égyptiennes de GNL ont atteint un record de 9,01 millions de tonnes en 2025, soit plusieurs fois la production annuelle visée par Cronos (S&P Global, EnterpriseAM). Si l’Égypte manque de gaz, l’usine de Damietta, censée transformer la production chypriote en GNL exportable, devient aussi un outil de gestion de la pénurie intérieure. Une clause de l’accord Cronos permettrait d’utiliser environ un cinquième du gaz pour couvrir les besoins égyptiens (ABC/AP). L’Égypte dispose donc d’un droit prioritaire sur une partie des volumes avant leur arrivée éventuelle en Europe.
Un vrai projet, mais de taille limitée
La décision finale d’investissement, c’est-à-dire le moment où les compagnies cessent d’étudier un champ pour engager réellement les dépenses, est bien acquise. Eni, opérateur avec 50 %, et TotalEnergies, également à 50 %, développeront un champ découvert en 2022, évalué en 2024, puis approuvé avec un plateau de production visé d’environ 2,8 millions de tonnes par an de GNL (Eni, TotalEnergies). Chaque partenaire commercialisera la moitié des volumes.
À l’échelle européenne, ces quantités restent modestes. L’Union européenne a importé un record de 146 milliards de mètres cubes de GNL en 2025, ce qui en a fait le premier acheteur mondial (Commission européenne, MondoVisione/ACER). Cronos ajoutera une source non russe en Méditerranée orientale, ce qui compte politiquement depuis la rupture énergétique avec Moscou. Mais les volumes annoncés sont trop faibles pour peser sérieusement sur les prix européens du gaz. Aucun acheteur européen nommé, aucune capacité de terminal réservée ni aucun contrat de vente de long terme n’a été rendu public.
Chypre est le principal gagnant politique. L’île a découvert du gaz offshore à plusieurs reprises depuis 2011, sans qu’aucun gisement n’entre jusqu’ici en production. Pour un pays qui produit encore l’essentiel de son électricité à partir de pétrole importé, exploiter son propre gaz en mer constitue déjà un seuil, même avant toute livraison à l’Europe. Les responsables chypriotes ont qualifié la décision d’investissement d’« historique » (Cyprus Mail, Politis). Eni et TotalEnergies obtiennent, elles, une voie rapide et relativement bon marché vers du GNL commercialisable. L’Égypte maintient l’activité de ses usines de liquéfaction tout en sécurisant une option contractuelle sur une partie du gaz.
Les ménages européens ne doivent pas attendre de Cronos une baisse de leur facture. Les cargaisons entreront sur un marché mondial du GNL où la concurrence avec les acheteurs asiatiques, les coûts de transport et la capacité des terminaux déterminent le prix livré.
Cronos est financé et réel. La question est désormais plus simple : le gaz atteindra-t-il l’Europe, ou la pénurie égyptienne transformera-t-elle cette route d’exportation en soupape intérieure ?
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- 8/10/2026, 2:10:29 AM
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