Écoles, salaires, prix : quatre pays dans la rue

Four countries march on the same day toward different decisions.
Composition d image · tobriefLe samedi 17 octobre, des centaines de milliers de personnes ont défilé en France contre les coupes dans l’enseignement et la vie chère. Des mobilisations ont aussi eu lieu en Belgique, en Italie et au Portugal. Trois pays sont soumis à la procédure européenne de déficit excessif.
En France, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a compté 550 000 manifestants, contre 800 000 selon les organisateurs (TF1 Info). La Belgique, l’Italie et le Portugal ont également connu des manifestations le même jour. Mais les revendications différaient d’un pays à l’autre et s’adressaient à leurs gouvernements respectifs.
La colère des lycéens face au budget français
La mobilisation française a commencé par des appels diffusés en ligne. Des Gilets jaunes mobilisés contre le prix des carburants ont rejoint des lycéens qui dénonçaient le manque d’enseignants et des classes froides, puis les syndicats CGT et Solidaires se sont associés au mouvement. La contestation des lycéens avait commencé avant que le budget ne lui donne une cible. Le 8 octobre, Reuters rapportait que les blocages de lycées en étaient à leur troisième semaine.
Le budget 2027 du premier ministre Sébastien Lecornu a ensuite cristallisé leur colère. Présenté le 1er octobre, il augmente sur le papier les crédits de l’éducation, tout en supprimant 1 588 postes d’enseignants (Le Monde). Le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, justifie ces suppressions par la baisse du nombre d’élèves. Les lycéens répondent que leurs établissements ne parviennent déjà pas à remplacer les enseignants absents.
Ces suppressions peuvent encore être modifiées. Sébastien Lecornu ne disposant pas d’une majorité stable à l’Assemblée nationale, les députés peuvent négocier le nombre de postes pendant l’examen du budget.
La plupart des manifestations sont restées pacifiques, mais des violences ont touché certaines villes. À Limoges, un incendie a largement détruit l’hôtel de ville du XIXe siècle, selon la préfecture (TV5MONDE/AFP). Peu après minuit, Sébastien Lecornu a annoncé 1 200 interpellations (TF1 Info). Ce chiffre est provisoire, et une interpellation ne vaut pas condamnation.
Chez les voisins, des griefs distincts
À Bruxelles, des appels sur les réseaux sociaux faisaient référence à l’exemple français. Plusieurs centaines de jeunes, en majorité des lycéens francophones, ont défilé depuis la gare Centrale contre des changements dans leur scolarité, selon BRUZZ. Parti dans le calme, le cortège s’est terminé par des affrontements avec la police et une dizaine d’arrestations. Les lycéens contestent les décisions de la Communauté française, le gouvernement francophone qui gère l’enseignement en Wallonie et à Bruxelles : ni le gouvernement fédéral ni l’UE ne tranchent ces questions.
En Italie, la mobilisation est venue de réseaux moins habituels. Italia in Piazza, un collectif citoyen organisé sur des applications de messagerie, a manifesté contre le coût de la vie, le prix des carburants et les bas salaires. À Milan, plus de 5 000 personnes ont défilé avant qu’un groupe séparé du cortège ne jette des pierres et des pétards sur la police (Corriere della Sera). Environ 50 personnes ont été conduites au commissariat, dont près de la moitié étaient mineures (ANSA). Sans direction syndicale ni parti à sa tête, le collectif n’offre pas au gouvernement de Giorgia Meloni d’interlocuteur évident pour négocier.
Au Portugal, la manifestation s’inscrivait dans une journée syndicale classique. La confédération CGTP a défilé à Lisbonne, Porto et Coimbra. Son dirigeant, Tiago Oliveira, a réclamé une hausse générale des salaires de 15 % et un salaire minimum porté à 1 100 euros à partir de janvier 2027 (CGTP). La revendication s’inscrit dans un calendrier précis : le syndicat prévoit une nouvelle mobilisation le 24 novembre, date à laquelle le Parlement devrait procéder au vote final sur le budget 2027 (CGTP).
Ce que l’UE décide, et ce qui relève des États
Les quatre pays partagent le même contexte économique. En septembre, l’inflation en zone euro a atteint 3,8 %, tandis que les prix de l’énergie ont augmenté de 18,8 % sur un an (Eurostat). Le coût de l’emprunt a aussi augmenté ce mois-ci : une vente massive d’obligations a fait monter les taux auxquels la France et l’Italie empruntent (To Brief).
Les règles européennes encadrent aussi les budgets de trois de ces pays. La France, la Belgique et l’Italie sont soumises à la procédure de déficit excessif, qui s’applique lorsque le déficit dépasse la limite de 3 % du PIB (article 126 du TFUE, Conseil de l’UE). Cette procédure limite la vitesse à laquelle les dépenses publiques peuvent augmenter, mais ne décide pas quels postes d’enseignants supprimer. Ce choix revient aux ministres et aux députés français.
Le calendrier commun des manifestations n’a produit ni revendication commune ni interlocuteur unique. En France, le sort des 1 588 postes dépendra du vote des députés sur le budget ; à Bruxelles, les décisions sur les écoles relèvent du gouvernement de la Communauté française. Les revendications sur les salaires et les prix se joueront auprès du gouvernement de Giorgia Meloni à Rome et au Parlement portugais, lors du vote du 24 novembre.
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- 10/18/2026, 1:37:03 AM
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