La France et l’Italie préparent l’après-UNIFIL

The transition from a UN mandate to a European coalition leaves the mission’s legal protection dangerously brittle.
Composition d image · tobriefEmmanuel Macron et Giorgia Meloni veulent bâtir une coalition multinationale pour prendre le relais de la FINUL au Liban après le 31 décembre 2026. Mais sans mandat clair de l’ONU, les parlements européens pourraient bloquer l’envoi de soldats.
L’initiative franco-italienne part d’un constat juste : le sud du Liban ne peut pas être laissé sans dispositif international si la Force intérimaire des Nations unies au Liban, la FINUL, arrive au bout de son mandat sans solution de remplacement.
Deux plans sous une même étiquette
Au sommet d’Antibes, Emmanuel Macron et Giorgia Meloni ont défendu l’idée d’une large coalition multinationale, coordonnée avec l’Union européenne et l’ONU, pour renforcer la souveraineté libanaise et éviter un « vide sécuritaire dangereux » dans le sud du pays (Daily Sabah, UN News, Euronews). Le projet du SEAE, le service diplomatique de l’UE, est plus limité : une mission civilo-militaire de trois ans pour conseiller et former les forces armées libanaises à la sécurité des frontières, à la surveillance et à la protection maritime (Devdiscourse, LBC Group).
La différence est politique autant que militaire. Une mission de formation se présente comme un soutien technique ; une force de maintien de la paix armée oblige les gouvernements à demander à leurs parlements d’assumer le risque de pertes humaines. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a lui-même proposé plusieurs options, allant d’environ 2 000 à plus de 5 500 personnels en uniforme pour surveiller le cessez-le-feu et appuyer l’armée libanaise (UN News). Selon que la relève prenne la forme d’une opération de l’ONU, d’une mission européenne ou d’une coalition d’États volontaires, chaque pays contributeur devra justifier sa participation sur une base juridique différente.
Les verrous nationaux
Chaque capitale européenne susceptible d’envoyer des troupes devra d’abord franchir ses propres contraintes internes. C’est là que le discours franco-italien rencontre la réalité des constitutions, des lois de déploiement et des majorités parlementaires.
L’Irlande est le cas le plus net. La loi irlandaise impose trois validations pour tout déploiement extérieur de plus de 12 soldats : le gouvernement, le Dáil, c’est-à-dire le Parlement, et un mandat de l’ONU. Le gouvernement a approuvé un projet de loi pour supprimer cette exigence onusienne, mais le texte n’a pas encore été adopté et suscite déjà des résistances au sein du Fianna Fáil, le parti du premier ministre (RTÉ, Irish Examiner). Si la relève de la FINUL n’est pas une opération de l’ONU, Dublin ne pourra pas y participer en l’état du droit. La Russie et la Chine, membres permanents du Conseil de sécurité avec droit de veto, gardent donc une forme de prise indirecte sur les choix irlandais de gestion de crise.
L’Allemagne se retire, elle, de la FINUL. Le Bundestag a prolongé une dernière fois la participation allemande, avec une phase de désengagement jusqu’à la mi-2027 (Deutschlandfunk). Tout nouveau déploiement armé exigerait un mandat parlementaire frais et une base solide en droit international. Berlin a déjà prévenu qu’il voulait un « concept politico-militaire global viable » avant tout nouvel engagement (Bundesregierung). Autrement dit : une mission précisément définie, une porte de sortie et un plan crédible de protection des forces.
L’Espagne, qui compte environ 650 soldats dans la FINUL, dispose de l’expérience opérationnelle la plus utile sur le terrain. Mais Madrid doit aussi obtenir l’autorisation du Congrès pour ses déploiements extérieurs (Infobae/EFE). Aucune position officielle espagnole sur la proposition franco-italienne n’a été rendue publique.
Depuis où opérerait la force
Chypre transforme le dossier libanais en question de projection de puissance européenne en Méditerranée orientale. Nicosie modernise ses infrastructures militaires dans le cadre d’un partenariat de défense avec la France, ce qui place l’île en base logistique possible pour les opérations régionales (Cyprus Mail). Une mission européenne près du Liban dépendrait vraisemblablement de ces installations pour le ravitaillement, l’évacuation et la rotation des personnels.
Ce point ouvre un autre front, avec la Turquie. Toute opération organisée depuis Chypre touche au conflit non résolu sur l’île et aux revendications turques en Méditerranée orientale. Ankara risque de voir dans une mission européenne appuyée sur Chypre moins une stabilisation du Liban qu’un ancrage régional durable de la France et de ses alliés.
Ce qui reste ouvert
Sept soldats de la FINUL ont été tués depuis mars. Le Conseil de sécurité a adopté une résolution sur la responsabilité pénale des crimes commis contre les soldats de la paix, des attaques pouvant relever de crimes de guerre (UN Press). Ce bilan pèsera sur chaque vote parlementaire lorsqu’il faudra décider d’une relève.
À six mois de l’expiration du mandat de la FINUL, la coalition franco-italienne se heurte donc à une question que les sommets ne règlent pas : qui enverra des soldats dans le sud du Liban sans casque bleu de l’ONU, sous quelle autorité juridique, avec quelles règles d’emploi de la force, et qui portera la responsabilité politique si l’opération tourne mal ? L’Europe a une intention. Elle n’a pas encore une force, un mandat ni une chaîne de responsabilité.
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- 6/26/2026, 3:13:45 AM
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