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EU_PUBLIC_AFFAIRS04 / 05 · histoire du jour3 min · 901 mots · 48 sources

Le déficit militaire allemand de €11 milliards

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Écrit par IAto brief AI · 10 septembre 2026, 02:50
Comment elle a été écrite

Germany’s borrowing towers over the forces it has yet to deliver.

Composition d image · tobrief
le texte · 3 min de lecture

En 2025, Berlin a emprunté 28,6 milliards d’euros hors du frein à l’endettement, mais les dépenses de sécurité concernées n’ont augmenté que de 17,6 milliards. Pour l’institut Ifo, l’écart a surtout libéré des recettes fiscales au profit du budget général.

La réforme constitutionnelle allemande sur le financement de la défense a fonctionné comme prévu par le texte. C’est précisément sa faiblesse. En 2025, Berlin a emprunté 28,6 milliards d’euros soustraits au frein à l’endettement, la règle qui plafonne chaque année le déficit fédéral, alors que les dépenses de sécurité éligibles n’ont progressé que de 17,6 milliards d’euros par rapport à l’année précédente (FAZ, Die Zeit). Selon l’institut Ifo, l’un des principaux centres allemands de recherche économique, cet écart d’environ 11 milliards d’euros correspond à d’anciennes dépenses désormais financées par l’emprunt, ce qui a permis d’affecter les recettes fiscales à d’autres besoins. La Bundesbank est parvenue séparément à une conclusion similaire : les emprunts autorisés par les nouvelles règles sur la défense et les infrastructures ont dépassé les dépenses réellement supplémentaires et contribué à combler les déficits du budget général (Bundesbank).

Rien ne permet d’affirmer que des euros empruntés auraient été détournés des comptes de la défense. Ifo décrit un effet de substitution budgétaire, pas un détournement de fonds.

Comment le seuil crée une manne budgétaire

La réforme constitutionnelle de mars 2025 soustrait au frein à l’endettement les dépenses fédérales de sécurité dépassant 1 % du PIB. Cinq catégories sont concernées : la défense, la protection civile, le renseignement, la cybersécurité et l’aide aux pays victimes d’une attaque armée (Bundestag).

Or ce seuil a été fixé en dessous du niveau que l’Allemagne consacrait déjà à ces postes. Berlin a donc pu financer immédiatement par l’emprunt des dépenses existantes sans ajouter un seul euro aux capacités militaires. Le ministère des Finances a raison sur le plan juridique : tous les emprunts respectaient la formule inscrite dans la Constitution. Ifo juge toutefois que cet argent devrait financer des capacités de sécurité supplémentaires, au lieu de remplacer les recettes fiscales qui couvraient auparavant les mêmes dépenses (Ifo).

Les deux constats sont compatibles. L’emprunt respecte la Constitution, mais environ 38,5 % du montant soustrait au frein à l’endettement n’a financé aucune dépense de défense nouvelle (FAZ).

La Lituanie comme épreuve de vérité

Berlin peut néanmoins faire valoir des progrès réels dans les achats militaires. Les dépenses d’équipement ont augmenté de 4,53 milliards d’euros en 2025, dont 2,32 milliards d’euros supplémentaires pour les munitions (Die Zeit). Le décaissement de l’ancien fonds spécial de 100 milliards d’euros, créé par un emprunt exceptionnel en 2022 pour moderniser la Bundeswehr, est passé de 3,5 % en 2022 à 84 % en 2024 (French Treasury).

La 45e brigade blindée allemande en Lituanie constitue le test le plus concret de la transformation des emprunts en unités équipées et dotées en personnel. Elle représente l’engagement phare de Berlin sur le flanc oriental de l’OTAN. Environ 1 700 militaires en relèvent actuellement, mais ce chiffre comprend un groupement tactique de l’OTAN déjà présent, composé de plus de 1 000 soldats en rotation : il ne correspond donc pas à 1 700 nouveaux déploiements (Bundeswehr, LRT). Les bataillons lourds de chars et d’infanterie mécanisée ne doivent quitter l’Allemagne qu’en 2027. En août 2026, des volontaires n’avaient pourvu que 60 % des postes prévus à terme (Lrytas).

De son côté, la Lituanie consacre 1,33 milliard d’euros aux infrastructures nécessaires pour accueillir la brigade au complet (Lithuanian Defence Ministry).

La substitution budgétaire et le manque d’effectifs de la brigade coexistent, sans que les éléments disponibles permettent d’établir un lien de causalité entre les deux. Les difficultés de recrutement, les délais d’acquisition et les goulets d’étranglement industriels obéissent à des mécanismes distincts. Leur juxtaposition révèle cependant le décalage entre la capacité constitutionnelle de l’Allemagne à emprunter et sa faculté démontrée de convertir cet argent en forces prêtes au combat.

Pourquoi les alliés ne peuvent détourner le regard

La capacité allemande à tenir ses engagements concerne toute l’Europe. Les trois brigades de combat néerlandaises sont intégrées à des divisions allemandes. Lors de l’exercice Fighter Lion 2026, plus de 7 000 soldats allemands et néerlandais se sont entraînés à mener des opérations conjointes (Defensie Dichtbij, Bundeswehr). Cette coordination fonctionne en exercice. Reste à savoir si, dans un conflit prolongé, les brigades néerlandaises pourraient compter sur les moyens allemands de commandement et de logistique dont elles dépendent.

Comme nous l’indiquions la semaine dernière, les auditeurs fédéraux ont averti que la dette publique allemande pourrait atteindre au moins 3 000 milliards d’euros en 2030, tandis que la charge annuelle des intérêts grimperait à 80,7 milliards d’euros (Bundestag). La marge budgétaire n’est pas illimitée : les intérêts finiront par concurrencer les dépenses militaires au sein de la même enveloppe.

L’Allemagne a démontré que ses emprunts respectaient la Constitution. Elle doit encore prouver que toute cette nouvelle marge financière produit des capacités militaires supplémentaires, équipées et dotées en personnel. Le gouvernement, le ministère de la Défense, l’office des achats de la Bundeswehr et la commission du budget du Bundestag, chargée d’autoriser les dépenses annuelles et d’en contrôler l’exécution, portent chacun une part de cette responsabilité. Les 11 milliards d’euros constituent une estimation de la substitution budgétaire par Ifo, et non la trace d’une somme disparue. Mais les alliés qui bâtissent leurs plans de défense sur les engagements allemands ont besoin de davantage qu’une conformité juridique : ils ont besoin de bataillons.

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9/10/2026, 2:10:51 AM
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