Damen réclame 4,7 milliards d’euros pour les F126

A cancelled frigate order leaves Germany and its builder disputing the bill.
Composition d image · tobriefAprès l’abandon du programme F126 en juin, Damen réclame 4,7 milliards d’euros à Berlin, selon une lettre d’avocat. L’Allemagne conteste et évoque une contre-réclamation de 2,3 milliards ; la facture finale dépendra du litige et de la valeur du matériel.
L’Allemagne a mis fin au programme de frégates F126 en juin, mais l’abandon des navires n’a pas réglé la question de leur coût. Damen, le constructeur naval néerlandais titulaire du contrat, affirme que Berlin lui doit environ 4,7 milliards d’euros pour avoir renoncé au projet (Reuters via n-tv, NOS). L’entreprise a confirmé avoir envoyé une demande, mais pas le montant. Celui-ci figure dans une lettre d’avocat, pas dans une décision de justice.
Quand un acheteur met fin à une grosse commande en cours de fabrication, il faut déterminer qui paiera l’acier déjà découpé et les équipements livrés. Le contrat fixe les règles, mais l’issue dépend de la partie qui l’a rompu. Peter Gauweiler, l’avocat de Damen, soutient que Berlin a mis fin au projet sans motif légal. Selon son interprétation, l’État doit payer le travail accompli et couvrir les sommes que le chantier naval doit à ses fournisseurs (NOS).
Gauweiler rappelle aussi qu’en 2024, l’Allemagne avait utilisé une option pour commander deux navires supplémentaires, alors qu’elle connaissait déjà les retards (Handelsblatt). Il en conclut que le gouvernement porte une part de responsabilité dans le décalage du calendrier. Cet argument peut fragiliser la position de Berlin, sans établir qui a causé les retards.
Le gouvernement allemand défend la thèse inverse. Le 24 juin, en mettant fin au programme, le ministère de la Défense a déclaré que Damen avait indiqué ne plus pouvoir respecter le calendrier et les conditions financières convenus. Il a ajouté qu’une livraison du premier navire d’ici à la mi-2028 n’était plus réaliste (ministère allemand de la Défense). Le ministre de la Défense, Boris Pistorius, affirme que Damen exigeait, pour poursuivre le projet, d’être à l’abri de toute demande de dommages-intérêts ; il a refusé cette condition (Reuters via n-tv). Il rejette les accusations de Damen et affirme que l’Allemagne pourrait, de son côté, réclamer environ 2,3 milliards d’euros au chantier naval (Die Zeit).
Dépenser ne signifie pas tout perdre
Trois montants circulent, mais ils ne répondent pas à la même question. Le premier correspond aux sommes déjà versées par l’Allemagne. Pistorius les évalue à environ 2,3 milliards d’euros (Correctiv). Elles ont financé des sections de coque, des moteurs, des engrenages et des équipements radar. Une partie pourrait être réutilisée, revendue ou prise en compte dans un accord ; la somme versée ne correspond donc pas nécessairement à une perte intégrale.
Le deuxième montant estime ce qu’aurait coûté l’achèvement des navires, et éclaire la décision de Berlin. Selon le ministère de la Défense, environ 15,2 milliards d’euros avaient été évoqués pour leur construction au chantier allemand NVL (ministère allemand de la Défense). Ce chiffre ne couvrait que la construction. En ajoutant les travaux déjà réalisés et les contrats de soutien, la somme que l’Allemagne aurait dû financer dépassait 18 milliards d’euros, selon le ministère (ministère allemand de la Défense). Aucun de ces montants ne mesure une perte : ils décrivent une facture future à laquelle Berlin a choisi de renoncer.
Le troisième ensemble de chiffres correspond aux demandes en justice des deux parties. La réclamation de Damen et la contre-réclamation envisagée par l’Allemagne sont des positions de départ dans un litige. Les soustraire l’une de l’autre ne donne pas un montant sur lequel les deux parties se sont accordées.
Qui supporte les coûts ?
Berlin a déjà commandé des navires de remplacement. Le 8 juillet, la commission du budget du Bundestag a approuvé l’achat de quatre frégates MEKO A-200, plus petites, auprès de ThyssenKrupp Marine Systems (TKMS), pour environ 6,3 milliards d’euros (Die Zeit). Cette commande assure du travail à TKMS. Mais comme les nouveaux navires sont plus petits, leur prix ne permet pas de savoir si l’abandon du programme F126 a fait économiser de l’argent.
Le travail ne revient pas automatiquement aux chantiers qui avaient fabriqué des pièces pour les F126. Peene-Werft, à Wolgast, qui produisait les sections arrière, employait près de 500 personnes et n’avait du travail garanti que jusqu’à l’été 2027, selon NDR.
L’annulation a aussi touché l’entreprise française Thales, fournisseur des radars, des capteurs et des systèmes de combat. Le groupe a comptabilisé une charge exceptionnelle d’environ 450 millions d’euros (Thales). Cette charge ponctuelle réduit le bénéfice publié. Thales précise que la majeure partie ne correspond pas à une sortie immédiate de trésorerie.
L’Allemagne s’est engagée à acheter des navires de remplacement, tandis que le coût de l’abandon des F126 reste contesté. Ni la demande de Damen ni la contre-réclamation envisagée par Berlin ne mesure la perte finale. Celle-ci dépendra de la valeur du matériel déjà acheté et des termes d’un accord ou d’une décision de justice. Si Berlin perd le litige contractuel, les contribuables allemands paieront les frégates abandonnées en plus des quatre nouveaux navires.
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- 10/2/2026, 2:09:44 AM
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