Kövesi vise Athènes pour obstruction

The maritime path of cooperation hardens into an unyielding wall of stone.
Composition d image · tobriefLaura Codruța Kövesi a saisi la Commission le 22 mai contre la Grèce, qu’elle accuse d’entraver le Parquet européen. En jeu : 175 enquêtes, 2,68 milliards d’euros de préjudice présumé et un test politique pour le PPE de von der Leyen.
La procédure est technique, mais le signal est politique. En invoquant contre Athènes le règlement de conditionnalité budgétaire, l’outil qui permet de suspendre des fonds européens lorsque des atteintes à l’État de droit menacent le budget de l’Union, la cheffe du Parquet européen vise pour la première fois un gouvernement allié à la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen (EPPO, Adevărul). Jusqu’ici, cet instrument avait surtout servi contre des exécutifs opposés au Parti populaire européen, la droite qui domine les institutions européennes. La Nouvelle Démocratie grecque appartient, elle, au PPE.
Deux gestes, une cible
Dans sa lettre, Laura Codruța Kövesi identifie deux décisions grecques qui violeraient, selon elle, l’obligation de « coopération loyale » prévue par les traités européens (Digi24).
La première est législative. Le 19 mai, le ministre de la justice, Georgios Floridi, a fait adopter par le Parlement un amendement créant une procédure pénale accélérée réservée aux députés en exercice : les délais d’enquête sont divisés par deux et le procès doit commencer dans les trois mois (Epiloges). La disposition a été glissée dans un texte sur le droit des successions, sans consultation du Parquet européen, l’organe chargé d’enquêter sur les infractions portant atteinte au budget de l’Union. Georgios Floridi affirme qu’il ne fait que rétablir une mesure en vigueur entre 2014 et 2019, sans modifier les compétences du Parquet européen.
La seconde décision est judiciaire. Le Conseil supérieur de la magistrature grec a renouvelé pour seulement deux ans le mandat de trois procureurs grecs du Parquet européen, alors que le collège de l’institution avait fixé en novembre 2025 une durée de cinq ans (Protothema).
Le gouvernement présente ces deux choix comme de simples procédures internes. Kövesi y voit une obstruction organisée.
Pourquoi 2,68 milliards d’euros expliquent le bras de fer
Le conflit suit la carte des enquêtes en cours. Le Parquet européen compte 175 dossiers actifs en Grèce, pour un préjudice présumé de 2,68 milliards d’euros au budget de l’Union (EPPO). Le principal foyer concerne l’OPEKEPE, l’agence grecque de paiement des aides agricoles, dans une affaire de subventions obtenues grâce à des déclarations foncières fabriquées et à des données de production gonflées. Le Parquet européen a demandé au Parlement de lever l’immunité de députés de la majorité.
Un autre volet porte sur deux camps de migrants, Malakasa et Sintiki. Les contrats, attribués sans appel d’offres public en 2020, auraient coûté beaucoup plus cher que des infrastructures comparables financées par l’Union européenne (Le Monde).
La Grèce n’est pas le seul État membre à résister au Parquet européen : la Bulgarie a suspendu un procureur, la Slovénie a retardé des nominations, la Roumanie a connu des ingérences politiques. Mais Athènes est le premier cas où la tension débouche sur une notification formelle au titre de la conditionnalité budgétaire.
Le test de l’application sélective
Le règlement de conditionnalité a déjà été activé contre la Hongrie, avec le gel de plusieurs milliards d’euros de fonds de cohésion (CER). Le cas était politiquement confortable pour Bruxelles : Viktor Orbán assume son affrontement avec les institutions européennes. La Grèce pose une question plus délicate, car elle se trouve dans la famille politique qui soutient la Commission.
Le même réflexe est apparu au Parlement européen. En février 2026, lors de l’adoption de la première résolution sur l’État de droit en Grèce, le PPE a refusé de négocier le texte et de le voter. Les sociaux-démocrates ont alors accusé la droite européenne de ne soutenir ce type de résolution que dans les pays « non gouvernés par le PPE » (S&D Group).
La Commission peut désormais ouvrir une procédure formelle, choisir une procédure d’infraction plus limitée, ou privilégier une médiation discrète. Face à un allié politique, la troisième option est la plus probable. Mais l’affaire pendante devant la Cour de justice de l’Union européenne, C-225/24, pourrait réduire cette marge : si les juges estiment que les décisions de conditionnalité relèvent d’un contrôle juridictionnel complet, une décision de fermer les yeux sur la Grèce pourrait elle-même être contestée à Luxembourg (Verfassungsblog).
L’Union avait conçu cet outil pour ses adversaires. Kövesi l’applique maintenant à un proche.
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- 5/23/2026, 3:14:32 AM
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