Magyar monnaye le veto ukrainien

The entry fee is settled and the long-standing barrier begins to rise.
Composition d image · tobriefÀ Berlin, Péter Magyar a signalé que Budapest ne bloquerait plus la première étape des négociations d’adhésion de l’Ukraine à l’UE. En échange politique, la Hongrie récupère 16,4 milliards d’euros de fonds européens gelés sous Viktor Orbán.
Péter Magyar est arrivé à Berlin le 2 juin avec un actif que nul autre dirigeant européen ne détient aujourd’hui : le veto hongrois sur l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne, hérité de Viktor Orbán et désormais monnayable. Le chancelier allemand Friedrich Merz l’a reçu avec les honneurs militaires, saluant chez le nouveau premier ministre hongrois « un grand signe d’espoir pour notre époque » (ZDF). Magyar transforme l’ancienne capacité de blocage d’Orbán en capital diplomatique. Bruxelles, de son côté, paie le prix d’entrée.
La séquence qui ne serait pas un accord
Magyar affirme qu’aucun marchandage n’a eu lieu. « Il n’y avait absolument aucun lien entre le dégel des fonds et l’ouverture du premier chapitre des discussions avec l’Ukraine », a-t-il déclaré à Euronews le 29 mai. La chronologie raconte autre chose. Le 18 mai, le ministre hongrois des affaires étrangères annonçait des discussions techniques avec Kyiv sur les droits de la minorité hongroise de Transcarpatie (444.hu). Le 29 mai, la Commission débloquait 16,4 milliards d’euros de fonds hongrois gelés sous Orbán pour violations de l’État de droit. Le 2 juin, des sources diplomatiques confirmaient que la Hongrie ne bloquerait pas le premier groupe de négociation d’adhésion de l’Ukraine, l’étape qu’Orbán empêchait depuis plus de deux ans (Eurointegration).
L’échange donne à Magyar l’argent, à Kyiv une trajectoire, et à Bruxelles la preuve que l’élargissement n’est pas enlisé. La condition posée par Budapest, des garanties juridiquement contraignantes sur l’enseignement en hongrois en Transcarpatie, offre aussi à Magyar une protection intérieure face au Fidesz, qui l’accuse déjà d’avoir cédé en sous-main sur la migration et les réformes anticorruption. Selon une enquête de l’ECFR, 73 % des Hongrois attendent de lui qu’il rapatrie les fonds européens gelés (Népszava). Il commence par livrer ce résultat.
Fico sans partenaire
Le dirigeant le plus exposé par le pivot de Magyar se trouve à Bratislava. Le premier ministre slovaque Robert Fico et Viktor Orbán fonctionnaient comme un binôme de blocage au sein de l’UE, coordonnant leurs menaces de veto sur les sanctions liées à l’Ukraine, la politique énergétique et les négociations d’adhésion. Cette alliance a disparu avec la défaite d’Orbán aux élections d’avril. Des analystes slovaques décrivent désormais le gouvernement Fico comme prisonnier de « présupposés erronés » sur un complot de Bruxelles contre lui, alors que son vrai problème est son isolement volontaire (Aktuality.sk).
Fico conserve son veto. L’adhésion à l’UE exige l’unanimité, c’est-à-dire l’accord des 27 États membres, à chaque étape formelle. Mais l’utiliser seul coûterait plus cher que lorsqu’Orbán portait l’essentiel du blocage. Le ministre slovaque des affaires étrangères a lui-même reconnu que Budapest, et non Bratislava, était le véritable obstacle aux discussions d’adhésion (STVR). Fico n’a pas formellement menacé d’un veto solitaire, même s’il conditionne une coopération plus large avec l’Ukraine à la reprise du transit de pétrole russe par l’oléoduc Droujba.
Magyar redessine aussi la carte régionale autour de Fico. Il a invité la Roumanie, la Croatie, la Slovénie et l’Autriche à rejoindre un format de Visegrád élargi, ce groupe d’Europe centrale qui réunit traditionnellement la Hongrie, la Pologne, la Tchéquie et la Slovaquie, avec un sommet prévu le 23 juin (Digi24). Si l’initiative aboutit, Fico verra se reconstruire un club régional autour de lui, mais sans lui.
Le test de juin
La conférence intergouvernementale de Luxembourg, les 15 et 16 juin, dira jusqu’où va le repositionnement de Magyar. Les ambassadeurs de l’UE doivent d’abord arrêter une position commune au Coreper, le comité où les États membres négocient avant le vote des ministres, puis le Conseil des affaires générales l’adoptera formellement (Carnegie Endowment). L’objectif est d’ouvrir le groupe 1 des négociations, consacré à l’État de droit, à la réforme judiciaire et aux droits fondamentaux, pour l’Ukraine comme pour la Moldavie.
Au 2 juin, la position de Budapest restait officiellement ouverte. Magyar a dit aux journalistes être « très optimiste » sur la conclusion des discussions relatives aux droits des minorités « cette semaine » et s’est dit prêt à rencontrer Volodymyr Zelensky (n-tv, Euronews). Mais la même enquête de l’ECFR montre que 54 % des Hongrois s’opposent encore à l’ouverture des négociations d’adhésion avec l’Ukraine. Magyar a peut-être levé le blocage européen. Il n’a pas encore emporté son propre électorat.
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- 6/3/2026, 2:56:23 AM
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