Meridiam prend 66 %, le risque reste caché

Cypriot households are charged before the cable carries its first current.
Composition d image · tobriefMeridiam va prendre 66 % du Great Sea Interconnector, le câble électrique sous-marin entre la Crète et Chypre. Le projet gagne un investisseur privé, mais l’accord ne dit pas publiquement qui paiera les surcoûts d’un chantier à 1,9 milliard d’euros.
Le retour d’un grand investisseur français donne de l’air à un projet européen enlisé, mais ne règle pas la question la plus sensible : qui portera la facture si le câble dépasse son budget ? Meridiam, spécialiste français des infrastructures, a accepté cette semaine d’acquérir 66 % du Great Sea Interconnector, la liaison électrique sous-marine prévue entre la Crète et Chypre (Premier ministre grec). Le gestionnaire grec du réseau, ADMIE, conservera 34 % et la direction technique du chantier (Powergame).
L’opération apporte au projet ce qui lui manquait : un actionnaire privé prêt à engager du capital. Mais le pacte d’actionnaires n’a pas été publié, notamment sur la répartition des dépassements de coûts. Pour un câble de 1,9 milliard d’euros, financé en partie par les factures d’électricité des consommateurs, cette opacité n’est pas un détail.
Chypre est le seul État membre de l’Union européenne dont le réseau électrique fonctionne encore en isolement complet du système européen (Commission européenne). Le câble lui ouvrirait l’accès au marché continental de l’électricité et réduirait sa dépendance aux combustibles importés. L’objectif politique est clair : intégrer l’île au marché européen. Le conflit porte sur le prix de cette intégration.
Qui paie la facture
La section Crète-Chypre est évaluée à 1,9 milliard d’euros (Knews Kathimerini Cyprus). Environ 657 millions d’euros proviennent du Mécanisme pour l’interconnexion en Europe, le programme de subventions de l’UE destiné aux infrastructures transfrontalières (Cyprus Mail). Le reste doit venir des fonds propres, de la dette et des revenus régulés, c’est-à-dire des redevances de réseau payées par les consommateurs sur leurs factures d’électricité.
Les régulateurs ont réparti cette charge de long terme à 63 % pour Chypre et 37 % pour la Grèce, au motif que Chypre est la principale bénéficiaire de la fin de son isolement électrique (Kathimerini Cyprus).
Les consommateurs chypriotes doivent même payer avant que le câble ne fonctionne : 25 millions d’euros par an pendant cinq ans, soit 125 millions d’euros au total pendant la phase de construction (Iefimerida). La première tranche a été gelée après que des responsables ont invoqué une mise en œuvre incomplète et des désaccords sur l’origine des fonds (Cyprus Mail). Autrement dit, Chypre résiste déjà au paiement d’un câble qui n’existe pas encore.
Ce que finance vraiment Meridiam
Meridiam financera les 40 % restants des études de fonds marins, étape technique indispensable pour fixer le tracé du câble, et pourrait rembourser à ADMIE 66 % des 251,4 millions d’euros déjà dépensés par le gestionnaire grec (Powergame). Un accord parallèle avec Nexans, le fabricant français de câbles, vise une reprise des relevés en mer à partir de septembre (SigmaLive).
Cela ne constitue pas encore un bouclage financier, c’est-à-dire le moment où l’ensemble du financement est juridiquement engagé. Le ministre chypriote de l’énergie, Michael Damianos, a indiqué que son gouvernement attendait toujours l’audit préalable de la Banque européenne d’investissement avant de décider si l’État entrerait au capital (Euronews Greek). Comme nous l’indiquions lors de l’annonce de l’accord, l’actionnariat a changé, mais les engagements financiers décisifs restent à venir.
Le prix d’acquisition, la composition du conseil d’administration, les droits de veto et la répartition des surcoûts n’ont pas été rendus publics. C’est précisément là que se joue l’équilibre entre risque privé et garantie implicite des tarifs publics.
Un câble dans des eaux contestées
Les Échos ont replacé l’entrée de Meridiam dans un contexte de pression turque, de tensions chypriotes et d’alignement franco-grec (Les Échos). Cette dimension géopolitique n’est pas séparée de la question financière. Des navires de relevés opérant dans des eaux contestées peuvent subir des retards ; ces retards renchérissent les coûts des contractants et du financement.
Le pacte d’actionnaires devrait précisément indiquer si ces hausses seront absorbées par le capital privé ou répercutées dans les tarifs publics. La Cour des comptes européenne a déjà averti que les projets électriques transfrontaliers de l’UE connaissent des retards persistants, même lorsque leur justification politique est solide (Cour des comptes européenne).
Si le projet aboutit, Chypre sera la grande gagnante : l’île sortirait de son isolement électrique et accéderait à un marché susceptible d’améliorer sa sécurité d’approvisionnement et de permettre des importations moins chères. Meridiam et ADMIE obtiendraient, eux, un actif régulé, avec un rendement autorisé annoncé de 8,3 %, augmenté d’une prime de 3,7 % pendant 17 ans (Kathimerini). Les consommateurs grecs portent une charge directe moindre, à 37 %, mais les 251,4 millions d’euros déjà engagés par ADMIE exposent aussi le système régulé grec.
Les perdants les plus visibles en cas de dérapage seraient les consommateurs chypriotes : ils sont du côté des 63 % et paient déjà des charges de construction avant qu’un seul électron ne circule. L’accord avec Meridiam rend le projet plus crédible. Il ne le rend pas plus transparent.
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- 8/7/2026, 2:01:30 AM
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