Merz durcit l’État social allemand

The new labour package demands more hours on tracks that lead to a wall.
Composition d image · tobriefFriedrich Merz engage l’Allemagne dans une réforme de discipline sociale : allocations plus strictes, arrêts maladie encadrés, embauches facilitées. Le pari est de remettre plus de monde au travail. Mais le mal allemand tient surtout à la productivité et à l’investissement.
Friedrich Merz a choisi son identité politique : celle d’un chancelier de l’offre, convaincu que l’économie repartira si l’on durcit les conditions d’accès aux prestations et si l’on flexibilise le travail. Le paquet de coalition serre donc les règles sociales, restreint les arrêts maladie et assouplit les contrats. La mécanique est simple : davantage de personnes au travail, sous une contrainte plus forte, devraient produire davantage de croissance. Le problème est que la faiblesse centrale de l’Allemagne n’est pas seulement le nombre d’heures travaillées, mais la productivité, c’est-à-dire la valeur créée par chaque heure de travail.
Trois leviers, une même doctrine
Le paquet repose sur trois leviers économiques. D’abord, l’aide sociale devient plus conditionnelle : la coalition remplace le Bürgergeld, le revenu de base allemand destiné aux chômeurs, par la Grundsicherung, un système qui impose d’accepter plus vite un emploi, contrôle plus tôt le patrimoine et sanctionne plus durement les manquements (Corriere d'Italia, Euronews PL).
Ensuite, l’absence au travail devient plus difficile à justifier. Les arrêts maladie par téléphone, qui permettaient d’obtenir un certificat médical en appelant son médecin au lieu de se déplacer au cabinet, devraient être supprimés (DW). L’âge de départ à la retraite serait, lui, repoussé au-delà de 67 ans.
Enfin, les règles d’embauche sont assouplies. Les contrats à durée déterminée deviendraient plus faciles à prolonger, tandis que les protections contre le licenciement seraient réduites (Il Fatto Quotidiano, Al Jazeera). Des allègements fiscaux pour les revenus moyens, financés par une hausse de l’imposition des plus hauts revenus, complètent l’offre politique.
Une estimation de marché avance que ces réformes pourraient porter la croissance potentielle allemande d’environ 0,4 % à 0,7 % (Biz Chosun). Le gain serait réel, mais il ne transformerait pas l’économie allemande. Aucune institution indépendante n’a, à ce stade, confirmé ce chiffre.
La discipline du travail ne comble pas un déficit d’investissement
La logique de ces réformes relève de l’économie de l’offre classique : on retire les obstacles du côté de la production, et la croissance finit par suivre. Mais le marché du travail allemand ne manque pas clairement de bras disponibles. L’emploi a reculé de 0,4 % sur un an en mai 2026 (Destatis). Les entreprises réduisent leurs effectifs davantage qu’elles ne se ruent sur de nouveaux salariés.
L’Allemagne connaît bien de vraies pénuries dans le soin, le bâtiment et les métiers qualifiés. Mais ces tensions relèvent surtout de goulots de formation et de la démographie, pas d’une générosité excessive des prestations sociales. Le diagnostic le plus lourd est ailleurs : BNP Paribas Economic Research estime que les dépenses réelles de recherche et développement des entreprises ont progressé beaucoup plus vite aux États-Unis que dans l’Union européenne entre 2020 et 2024, et que le ralentissement de la productivité européenne depuis le Covid tient d’abord au sous-investissement technologique (BNP Paribas).
Des règles d’indemnisation plus strictes ne produisent ni de meilleurs logiciels, ni des permis de construire plus rapides, ni une électricité moins chère. Si les verrous sont le coût de l’énergie, les infrastructures vieillissantes et la numérisation trop lente, pousser davantage de personnes vers le marché du travail crée de la pression sociale sans garantir plus de production.
Gagnants et perdants
Les employeurs des secteurs intensifs en main-d’œuvre sont les gagnants les plus immédiats : moins de coûts liés aux absences, un vivier de candidats plus large, davantage de souplesse dans les contrats courts (Finance Yahoo). Les ménages aux revenus moyens pourraient profiter des baisses d’impôts, même si aucune estimation solide de l’effet net, une fois impôts et prestations pris ensemble, n’a encore été publiée.
Les perdants sont plus faciles à identifier : les allocataires exposés à des sanctions plus dures, les salariés atteints de maladies chroniques qui utilisaient les consultations par téléphone, les travailleurs âgés dont la retraite s’éloigne encore, et les salariés temporaires qui absorberont davantage d’insécurité (Aktuálně.cz). Le risque macroéconomique est tout aussi concret : réduire les prestations quand la croissance reste fragile peut peser sur la consommation des ménages et effacer une partie des gains attendus du côté de l’offre de travail.
Ce qu’attendent les voisins de l’Allemagne
L’Allemagne reste la première économie de la zone euro. Pour les sous-traitants polonais liés à son industrie, le discours sur l’assistance sociale compte moins que la question décisive : ces réformes déboucheront-elles sur de vraies commandes d’investissement ? (Interia, Rzeczpospolita).
Les commentateurs italiens ont relevé l’ironie politique : si Berlin combine désormais discipline sociale et stratégie industrielle appuyée par l’État pour l’automobile et les semi-conducteurs, sa parole en faveur de la retenue budgétaire à Bruxelles devient moins convaincante (Corriere). Le vieux rigorisme allemand, souvent opposé aux politiques d’investissement défendues par Paris, se heurte ici à la réalité de sa propre crise industrielle.
Merz doit maintenant prouver que son paquet produit de l’investissement, pas seulement des règles plus dures. Les voisins de l’Allemagne, dont les usines dépendent des commandes allemandes, verront la différence avant même que les grands indicateurs ne la confirment.
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- 7/5/2026, 2:40:11 AM
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