Mureșan manque 63 voix

Romania’s next government awaits the votes only PSD can deliver.
Composition d image · tobriefLe président roumain Nicușor Dan a désigné l’eurodéputé Siegfried Mureșan pour former un gouvernement, mais les partis qui le soutiennent sont à 63 voix de la majorité. Le PSD détient la clé, tandis que Bucarest doit déposer sa demande de fonds européens avant le 30 septembre.
La désignation de Siegfried Mureșan, annoncée le 17 septembre par le président Nicușor Dan, ne suffit pas encore à lancer formellement le processus. L’eurodéputé a accepté la mission (România TV, HotNews), mais la portée juridique de cette nomination reste incertaine. En vertu de l’article 100 de la Constitution roumaine, les décrets présidentiels prennent effet après leur publication, et aucun décret n’avait été publié à la fin de la journée (Constitution roumaine). Une fois le décret publié, le candidat disposera de dix jours pour présenter son gouvernement et obtenir un vote de confiance, qui exige 233 voix favorables, soit la majorité absolue des 464 députés et sénateurs.
Selon les positions publiques des partis, Mureșan n’atteint pas ce seuil.
Le déficit que le PSD peut combler
Les soutiens déclarés de Mureșan sont le PNL, les libéraux de centre droit, l’USR, une formation réformiste, et l’UDMR, l’alliance représentant la minorité hongroise. Ils disposent ensemble d’environ 170 sièges (Adevărul), auxquels pourraient s’ajouter des députés issus d’autres minorités. Le déficit tomberait alors à 47 ou 50 voix, selon les décomptes, mais resterait considérable (Mediafax).
Le parti nationaliste AUR a exclu de voter un gouvernement auquel il ne participerait pas. Avec ses quelque 126 parlementaires, le PSD devient donc la seule formation capable d’apporter les voix nécessaires à l’investiture.
Le PSD n’a pas rejeté la proposition sans appel. Ses dirigeants défendent des lignes différentes : certains réclament une entrée officielle au gouvernement, d’autres proposent un soutien conditionnel assorti de concessions politiques, tandis que le président de la Chambre des députés, Sorin Grindeanu, a suggéré de refuser Mureșan. Marcel Ciolacu, à la tête du parti, contrôle la décision du groupe parlementaire (Agerpres). Le PNL, lui, a entamé les consultations en promettant de ne pas gouverner avec le PSD (G4Media).
L’UDMR ne peut pas combler seul le déficit. Son dirigeant affirme que le parti ne participera aux discussions qu’après un accord entre le PSD et le PNL (Transtelex).
En désignant Mureșan, Dan contraint donc le PSD à choisir : soutenir le gouvernement, négocier son entrée dans la coalition ou assumer la responsabilité de la paralysie.
Les fonds de la relance en jeu
La nomination intervient douze jours avant la date limite du 30 septembre, à laquelle la Roumanie doit déposer sa dernière demande de paiement au titre de la Recovery and Resilience Facility de l’UE, le fonds post-pandémie qui conditionne le versement de l’argent à la réalisation de réformes précises. La Commission européenne a déjà demandé à Bucarest des éclaircissements sur des modifications de la législation relative à l’intégrité, liées à ces fonds (To Brief).
Un nouveau gouvernement ne pourra pas récupérer les sommes déjà perdues. Le délai de mise en œuvre des réformes est arrivé à échéance le 31 août. Le premier ministre intérimaire Ilie Bolojan et le président Dan ont tous deux reconnu qu’environ 770 millions d’euros seraient perdus, le Parlement n’ayant jamais adopté la loi unifiée sur les salaires du secteur public exigée par Bruxelles (HotNews, Euronews).
Un gouvernement Mureșan pourrait encore déposer la demande finale, fournir les pièces manquantes sur les réformes contestées et répondre aux questions de la Commission. Celle-ci est seule habilitée à déterminer si les objectifs ont été atteints et à suspendre ou réduire les versements. Aucune loi adoptée après le 31 août ne pourra être considérée comme une mise en œuvre dans les délais. Les années passées par Mureșan au Parlement européen pourraient faciliter la coordination avec Bruxelles, mais aucune relation ne remplace un vote parlementaire à Bucarest.
La Bulgarie a, de son côté, reporté les négociations sur deux nouveaux ponts au-dessus du Danube jusqu’à la stabilisation du gouvernement roumain (BNR). C’est toutefois le dossier des fonds européens qui donne à la crise politique sa portée régionale la plus concrète : la Commission ne peut pas verser d’argent en contrepartie d’objectifs non remplis, même avec la meilleure volonté politique.
Ce qu’un rejet déclencherait
Si le Parlement refuse Mureșan, le gouvernement intérimaire restera en fonctions et Dan pourra présenter une nouvelle candidature. En vertu de l’article 89 de la Constitution, le président ne pourra dissoudre le Parlement qu’après deux échecs d’investiture en l’espace de 60 jours (Constitution roumaine). Avant de nommer Mureșan, Dan avait reconnu que des élections anticipées ne pouvaient plus être exclues.
Au vu des positions publiques, Mureșan n’a aucune voie vers les 233 voix sans le PSD ou un revirement improbable de l’AUR. Le PSD dispose donc du levier immédiat. Reste à savoir si ses dirigeants s’en serviront pour obtenir des conditions de coalition, des concessions politiques ou un simple passage vers la dissolution, et si le décret qui déclenche ce délai a seulement été signé.
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