Le câble marocain de Lisbonne reste flou

The proposed Morocco link remains a strategic ambition lacking the basic infrastructure to function.
Composition d image · tobriefLa ministre portugaise de l'énergie maintient l'idée d'une interconnexion électrique avec le Maroc. Mais sans tracé, capacité, coût ni financement publiés, le projet relève pour l'instant davantage du signal diplomatique que de la planification énergétique.
Le contraste est utile. Le Portugal vient d'inaugurer une interconnexion bien réelle avec l'Espagne ; quelques jours plus tard, Lisbonne évoque un câble vers le Maroc dont presque rien n'est documenté. C'est dans cet écart entre l'infrastructure et l'intention politique que se joue le dossier.
L'interconnexion qui existe, et le verrou qui demeure
Le 2 juillet, l'Espagne et le Portugal ont mis en service une nouvelle liaison de 400 kV par la Galice, qui ajoute environ 1 000 MW de capacité d'échange (La Voz de Galicia, Eco). Des opérateurs identifiés, un tracé défini, une puissance mesurable : voilà à quoi ressemble un projet électrique arrivé au stade concret.
La limite structurelle se situe plus au nord. La péninsule Ibérique reste connectée au reste du marché européen à moins de 3 % de sa capacité installée, loin de l'objectif européen de 15 % pour 2030 (Infobae/EFE, Commission européenne). Le goulet d'étranglement passe par les Pyrénées et donc par la France. Le câble sous-marin du golfe de Gascogne, censé desserrer cette contrainte, reste en attente ; l'Espagne, le Portugal, la France et la Commission doivent se retrouver en septembre pour tenter d'accélérer le dossier (Europa Press).
Une liaison avec le Maroc ajouterait une entrée méridionale au réseau ibérique commun. Mais l'électricité qui voudrait rejoindre l'Europe centrale continuerait de passer par le verrou français. La France contrôle la principale sortie de la péninsule vers le marché européen : ouvrir une porte au sud ne débloque pas le passage au nord.
Ce que coûtent les vrais projets
Le meilleur point de comparaison est ELMED, le câble prévu entre la Sicile et la Tunisie. Ce projet dispose d'opérateurs de transport identifiés, Terna et STEG, d'un tracé sous-marin défini, d'un cofinancement européen et du soutien de la BEI et de la Banque mondiale (fr.allAfrica). Il représente environ 1,42 milliard d'euros pour 600 MW sur quelque 220 km, dont 307 millions d'euros issus du mécanisme pour l'interconnexion en Europe (Industry EMEA, kikai-news). La liaison Portugal-Maroc ne présente, à ce stade, aucun de ces éléments publics.
Un trajet plus long, dans un détroit plus profond, coûterait probablement davantage. Reste la question centrale : qui paierait ? Les câbles transfrontaliers sont généralement financés par un mélange de factures d'électricité, de subventions européennes et de revenus de congestion, c'est-à-dire les recettes créées lorsque la capacité limitée d'une liaison fait diverger les prix de part et d'autre d'une frontière. Aucune analyse publiée ne précise la répartition envisagée.
Le redémarrage autonome ne règle pas le bon problème
Maria da Graça Carvalho a aussi affirmé que le Portugal dispose désormais de quatre centrales capables de redémarrage autonome, c'est-à-dire de générateurs pouvant relancer la production sans prélever d'électricité sur le réseau après un effondrement complet (Correio da Manhã). Les règles européennes obligent les opérateurs à maintenir ce type de capacité de restauration (code européen de restauration). C'est utile pour relever un système tombé.
Mais le redémarrage autonome intervient après la panne. Pour l'éviter, il faut d'autres services : contrôle de la tension, réponse en fréquence et équilibrage. Ce sont eux qui maintiennent l'électricité à la bonne pression et au bon rythme alors que l'offre et la demande varient à chaque seconde. Selon l'analyse d'ENTSO-E sur la panne ibérique d'avril 2025, l'organisation qui coordonne les gestionnaires de réseau européens, la défaillance principale portait sur le contrôle de la tension, non sur un manque de production. Les centrales capables de redémarrer et les mécanismes de capacité appartiennent à d'autres étages du système ; ils ne remplacent pas les services en temps réel qui empêchent le réseau de décrocher.
Le Maroc développe du stockage et des capacités renouvelables avec le soutien de la Banque mondiale (Banque mondiale). Mais un câble d'exportation suppose aussi un réseau source stable et équilibré, que Rabat n'a pas encore achevé de construire. Si la liaison voyait un jour le jour, les consommateurs des deux côtés pourraient bénéficier d'une électricité moins chère aux heures tendues, à condition que l'écart de prix entre les deux marchés justifie plusieurs milliards d'investissement. Là encore, aucune analyse publique ne l'a démontré.
L'interconnexion avec le Maroc a une pertinence stratégique et une plausibilité technique générale. Elle n'a pas encore de dossier économique public. Tant que Lisbonne ne publie ni opérateurs, ni tracé, ni plan de financement, le projet reste une diplomatie de l'après-panne, pas une politique énergétique.
How was this article?
Help us get better
Help us get better
Details about this article
- Model:
- claude-opus-4-6
- Generated:
- 7/7/2026, 3:15:42 AM
- Pipeline run:
- eu_pipeline_20260707_005006
- Watermark:
- SynthID (Google's invisible watermark)
- Human review:
- None before publication