Le Danube assèche le nucléaire roumain

Romania bends a shrinking river to keep its reactors alive.
Composition d image · tobriefLes deux réacteurs roumains de Cernavodă sont à l’arrêt depuis la mi-août, faute d’eau suffisante dans le Danube pour les refroidir. Bucarest drague le fleuve, dynamite des roches et relâche des réserves d’eau, tandis que le coût se reporte sur les importateurs, l’industrie et les marchés régionaux.
Le problème roumain n’est pas un accident nucléaire, mais une contrainte physique devenue politique : sans assez d’eau au bon endroit, une centrale conçue pour fournir en continu 1,4 GW d’électricité bon marché cesse simplement de produire (World Nuclear Association).
Comment un fleuve arrête un réacteur
Cernavodă fournit environ un cinquième de l’électricité roumaine (World Nuclear Association). Son fonctionnement repose sur une mécanique classique : le réacteur transforme l’eau en vapeur, la vapeur fait tourner les turbines, puis le Danube refroidit cette vapeur pour refermer le cycle. Quand le niveau du fleuve tombe trop bas pour alimenter les pompes de prise d’eau, la production s’arrête. Le risque n’est pas la sûreté immédiate du réacteur ; c’est l’absence de refroidissement disponible pour produire.
L’unité 1 a été arrêtée le 28 juillet. L’unité 2 a suivi le 13 août, après que le débit du Danube à Baziaș est tombé à environ 1 350 m³/s, soit près d’un tiers de la moyenne normale d’août (Agerpres, Digi24). Romeo Urjan, de Nuclearelectrica, a déclaré à la BBC qu’il n’attendait pas de redémarrage dans les dix jours (BBC). Selon la presse roumaine, au 21 août, un retour en service avant septembre paraissait peu probable (Recorder).
Les premières interventions d’urgence, dont des explosions sous-marines et des barges remplies de roches, avaient gagné environ 8 cm de niveau d’eau et permis à l’unité 2 de fonctionner neuf jours de plus avant son arrêt (HotNews). Le 22 août, le comité roumain d’urgence a autorisé une nouvelle série de travaux : davantage de dragage, ainsi que des lâchers d’eau depuis les réservoirs de l’Olt à 50 m³/s pendant cinq jours (Agerpres, News.ro). Chaque lâcher puise dans une eau qui aurait servi à l’irrigation ou à l’hydroélectricité en aval. La Roumanie achète du temps avec ses marges d’infrastructure ; elle ne résout pas la sécheresse.
Qui paie l’électricité manquante
Les lumières ne se sont pas éteintes. Mais remplacer une production nucléaire stable n’a rien de neutre pour les prix. Le premier soir sans nucléaire, les importations ont couvert environ 1 839 MW à la pointe, soit 27,4 % de la consommation (Curs de Guvernare). Sur OPCOM, la bourse roumaine de l’électricité, les prix du marché journalier, c’est-à-dire l’électricité achetée la veille pour livraison le lendemain, ont dépassé 1 700 lei/MWh pour la pointe du soir le 13 août (Gândul). Bucarest a aussi redémarré une unité au charbon d’environ 300 MW à Rovinari pour réduire sa dépendance aux importations (Romania Insider).
Nuclearelectrica a invoqué la force majeure, procédure juridique qui permet à une entreprise de justifier l’inexécution de contrats en cas d’événement exceptionnel, en avertissant ses clients qu’elle pourrait ne pas honorer ses livraisons (ZF). Les grands consommateurs industriels portent le risque suivant : le cadre d’urgence roumain autorise, si nécessaire, une réduction de la demande industrielle et une suspension des exportations d’électricité (Balkan Green Energy News).
Les gagnants sont ceux qui disposent encore d’électricité à vendre. Des négociants bulgares et hongrois ont cherché à réserver 3 500 à 4 000 MW de capacité transfrontalière, c’est-à-dire le droit d’acheminer de l’électricité par les interconnexions, au moment où la production nucléaire roumaine et hongroise reculait. La centrale bulgare de Kozloduy est ainsi devenue temporairement l’un des actifs les plus précieux de la région (Mediapool). Le 17 août, les prix journaliers régionaux allaient de 153 €/MWh en Grèce à 173 €/MWh en Roumanie et environ 184 €/MWh en Hongrie (Newmoney).
Même sécheresse, autres frontières
La centrale hongroise de Paks illustre la même dépendance. MVM a commencé à réduire la production le 27 juillet, lorsque son indicateur de niveau du Danube a atteint -106 cm ; le 2 août, un seul des huit turbogénérateurs fonctionnait encore (MVM Paks, MVM Paks). La facture quotidienne nette des importations hongroises est passée d’environ 0,6 milliard de forints fin juillet à près de 4 milliards de forints début août (Telex/G7). En France, une analyse du Monde à partir des données d’EDF a établi que les contraintes environnementales avaient culminé le 16 août à 12,8 GW de capacité nucléaire indisponible (Le Monde).
Chaque pays a trouvé son expédient : dragage, redémarrage du charbon, lâchers de réservoirs, importations. En Roumanie, le retour de Rovinari percute les engagements pris dans le cadre des fonds européens de relance, qui prévoyaient la fermeture de ces mêmes centrales au charbon ; Bucarest a déjà indiqué à la Commission européenne vouloir reporter ces fermetures (HotNews). Le groupe de coordination pour l’électricité de la Commission a estimé que le système européen restait stable (European Commission). C’est exact au sens technique : le réseau absorbe le choc. Mais il le fait en payant plus cher les importations, le charbon, le gaz et les capacités d’interconnexion devenues rares. Chaque solution mobilise la réserve d’eau, le quota carbone ou le surplus exportable de quelqu’un d’autre.
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- 8/23/2026, 1:55:26 AM
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