144 drones liés à des navires russes

Maritime shadows reach inland as Russian-linked vessels are tied to European drone incursions.
Composition d image · tobriefSelon l’IISS, 144 incidents impliquant des drones dans 13 pays européens pourraient relever d’une campagne pilotée par le Kremlin entre août 2024 et février 2026. Le soupçon porte sur la flotte fantôme russe, mais les preuves publiques restent incomplètes.
À la fin de l’an dernier, des drones non identifiés ont survolé trois bases aériennes aux Pays-Bas et en Belgique : Volkel, Eindhoven et Kleine-Brogel. Ces sites abritent des ogives nucléaires américaines dans le cadre du partage nucléaire de l’OTAN, un dispositif par lequel des alliés européens hébergent des armes américaines qui ne peuvent être employées qu’avec l’autorisation de Washington. Autrement dit, certains des lieux militaires les plus sensibles d’Europe occidentale.
Une nouvelle évaluation de l’International Institute for Strategic Studies (IISS) estime que ces vols s’inscriraient dans un schéma plus large : 144 incidents de drones signalés dans 13 pays européens entre août 2024 et février 2026, que l’institut juge très probablement liés à une campagne dirigée par le Kremlin (IISS, New York Times). Le scénario est cohérent. La preuve, elle, n’a pas été rendue publique.
Flotte fantôme, double usage
L’IISS désigne la flotte fantôme russe : ces pétroliers et cargos aux propriétaires opaques, battant souvent pavillon de complaisance, qui permettent à Moscou d’exporter son pétrole malgré les sanctions européennes. Le même brouillard juridique et maritime qui dissimule les cargaisons peut aussi servir à des opérations niables, c’est-à-dire menées de façon à rendre l’attribution politique difficile.
Deux navires sont nommés : Hav Dolphin et Seasons 1, que l’IISS relie à des épisodes de drones près de sites militaires britanniques et allemands (BBC, Spiegel). Les observations aux Pays-Bas et en Belgique auraient coïncidé avec la disparition de navires liés à la Russie des systèmes de suivi maritime en mer du Nord, leurs transpondeurs ayant été coupés (Guardian).
Mais l’écart entre renseignement et preuve judiciaire reste considérable. La police fédérale allemande et les forces belges ont fouillé le Hav Dolphin sans trouver d’élément concluant (t-online). Aucun gouvernement n’a publié de trajectoires radar, d’interceptions radiofréquence ou de débris de drones permettant de relier un appareil précis à un navire précis. L’IISS produit une analyse de type renseignement, pas un dossier d’expertise forensique.
Le droit commence avec la distance à la côte
La capacité d’agir dépend d’abord de la géographie, mesurée en milles nautiques. Dans les eaux territoriales, soit environ 22 kilomètres depuis la côte, un État exerce sa pleine souveraineté. Un navire qui y lancerait des drones perdrait son droit de passage inoffensif, le principe du droit de la mer qui autorise un bâtiment étranger à transiter pacifiquement sans être entravé, et pourrait être stoppé (CNUDM).
Au-delà, dans la zone économique exclusive ou en haute mer, le rapport de force juridique s’inverse. Le navire relève d’abord de l’État dont il bat pavillon. Un cargo stationné juste au-delà des eaux territoriales devient donc très difficile à arraisonner sur la seule base d’un soupçon, même si des services de renseignement pensent qu’il transportait des drones quelques minutes plus tôt. L’Europe peut soupçonner ; ce soupçon ne donne pas automatiquement à la police un pouvoir clair de monter à bord.
Les instruments les plus efficaces de l’Union européenne fonctionnent aux points de passage, pas en pleine mer. Le Conseil de l’UE, où les ministres des États membres adoptent des décisions contraignantes, a sanctionné des centaines de navires de la flotte fantôme dans ses 16e et 17e paquets de sanctions, en leur refusant l’accès aux ports et aux services maritimes européens (Conseil 16e paquet, Conseil 17e paquet). L’OTAN partage le renseignement et coordonne la dissuasion, mais rappelle que la responsabilité première face aux menaces hybrides revient au pays visé (OTAN). Un drone au-dessus d’une base néerlandaise reste d’abord un problème néerlandais.
Préparés, fragmentés ou dans le flou
La préparation nationale varie fortement. La Finlande est la plus avancée. Son corps des gardes-frontières, qui sert aussi d’actif de défense, reçoit 44 millions d’euros pour déployer des systèmes antidrones le long de la frontière orientale et sur le littoral, notamment des brouilleurs et des drones intercepteurs (Yle). Helsinki pilote aussi une opération de surveillance maritime en Baltique, combinant drones et suivi satellitaire (Rajavartiolaitos).
L’Allemagne offre le contre-exemple d’un État puissant mais institutionnellement morcelé. La sécurité des infrastructures civiles relève des Länder. Les garde-côtes ne constituent pas une agence unifiée, mais une structure de coordination. Les limites constitutionnelles au déploiement intérieur de l’armée signifient que la Bundeswehr peut suivre un drone, sans pouvoir facilement l’abattre hors de circonstances strictement définies (art. 87a de la Loi fondamentale).
Le Danemark rappelle enfin le risque inverse : voir trop vite un schéma là où les preuves ne suivent pas. Après des signalements de drones près de l’aéroport de Copenhague, la police a examiné les radars, la vidéosurveillance et les témoignages, sans pouvoir confirmer la présence réelle de drones. Le discours politique avait avancé plus vite que le dossier disponible (Berlingske, Ground News).
L’Europe sait souvent reconnaître une forme. Elle ne sait pas encore toujours l’arrêter. Et, dans certains cas, elle ne sait pas encore prouver qu’elle existe.
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- 7/4/2026, 3:18:06 AM
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