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TECH_SCIENCE05 / 08 · histoire du jour3 min · 677 mots · 145 sources

SoftBank mise €75 milliards sur l’IA française

Écrit par IAto brief AI · 31 mai 2026, 03:50
Comment elle a été écrite

A multi-billion euro energy infrastructure plan is reduced to a volatile boardroom wager.

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le texte · 3 min de lecture

SoftBank promet jusqu’à 75 milliards d’euros pour construire des centres de données d’IA dans le nord de la France. Le pari repose sur l’atout nucléaire français, mais aussi sur la capacité financière, plus incertaine, de Masayoshi Son.

Soixante-quinze milliards d’euros : c’est le montant que le japonais SoftBank promet d’injecter dans des centres de données dédiés à l’intelligence artificielle dans le nord de la France, une annonce faite lors du sommet Choose France à Versailles. S’il se concrétise, ce serait le plus grand accord d’infrastructure d’IA jamais signé en Europe, à lui seul presque équivalent aux 87 milliards d’euros cumulés attirés par les neuf sommets Choose France depuis 2018. Reste la question centrale : Masayoshi Son peut-il vraiment tenir cette promesse ?

Ce que représentent vraiment 5 gigawatts

Le cœur de l’accord porte sur 5 gigawatts de capacité de centres de données. Cinq gigawatts mobilisés en continu, cela représente environ la moitié du pic de demande électrique de la Belgique. Cette puissance serait consacrée à l’entraînement et à l’exploitation de modèles d’IA.

La France ne dispose aujourd’hui que de 1,5 GW de capacité installée pour ses centres de données. SoftBank la quadruplerait. La première phase, évaluée à 45 milliards d’euros, vise 3,1 GW répartis sur trois sites du nord de la France d’ici 2031 : Dunkerque, Bosquel et Bouchain, où EDF transforme une ancienne centrale thermique en site pour centres de données. Schneider Electric doit aussi construire une usine robotisée sur le port de Dunkerque afin de produire localement des modules électriques.

Les centres de données d’IA sont des consommateurs massifs d’électricité. La France possède ici un avantage que peu de voisins européens peuvent mobiliser : un parc nucléaire capable de produire une électricité stable, indépendante de la météo. Masayoshi Son l’a formulé sans détour : « Le fait que le pays soit producteur et exportateur d’énergie est absolument crucial pour les investissements d’infrastructure dans l’intelligence artificielle. »

L’Irlande montre l’autre versant du problème. Les centres de données y consomment désormais 22 % de l’électricité nationale, davantage que l’ensemble des ménages urbains, et les nouveaux raccordements au réseau sont gelés jusqu’en 2028. Dans les zones européennes les plus recherchées pour ces installations, les délais d’attente atteignent 7 à 13 ans. La politique énergétique est devenue une politique industrielle de l’IA.

L’homme qui a perdu WeWork et vendu Nvidia

Le passé de SoftBank rend le pari instable. Le Vision Fund a perdu 32 milliards de dollars après son investissement dans WeWork, dont la valorisation de 47 milliards de dollars s’est effondrée avant même l’entrée en Bourse. SoftBank détenait aussi 4,9 % de Nvidia à 4 dollars par action, avant de revendre toute sa participation en 2019 pour couvrir ses pertes. Cette ligne vaudrait aujourd’hui environ 40 milliards de dollars.

Masayoshi Son s’est redressé grâce à un autre pari concentré. SoftBank a investi plus de 30 milliards de dollars dans OpenAI et, sur l’exercice 2026, le Vision Fund a enregistré 46 milliards de dollars de gains, dont 92 % liés à la hausse de la valorisation d’OpenAI. S&P a abaissé la perspective de crédit de SoftBank à négative, en avertissant qu’une telle concentration pouvait réduire sa flexibilité financière. Si la valorisation d’OpenAI recule, le financement des centres de données français devient mécaniquement plus fragile.

L’historique des promesses de Son invite aussi à la prudence. En 2016, il avait promis des dizaines de milliards de dollars d’investissements aux États-Unis à l’administration Trump entrante, via le Vision Fund, avant l’implosion de celui-ci. Cette fois, le vocabulaire est soigneusement calibré : « jusqu’à » 75 milliards d’euros, « engagement à développer », tandis que la deuxième phase n’a encore ni sites ni calendrier.

Un ticket d’entrée face à une course mondiale

L’accord met en lumière l’écart structurel européen. L’Allemagne, première économie du continent, a répondu à la course aux infrastructures d’IA par un programme de 125 millions d’euros pour les laboratoires d’IA de pointe, porté par son agence d’innovation SPRIND. La seule première phase de SoftBank est 360 fois plus importante.

À l’échelle mondiale, l’écart se creuse encore. Les quatre plus grands groupes technologiques américains prévoient de dépenser ensemble 650 milliards d’euros dans les infrastructures d’IA en 2026. L’engagement de SoftBank sur cinq ans représente environ 11 % d’une seule année de dépenses des géants américains.

La France mise donc sur une combinaison rare : une production nucléaire pilotable, c’est-à-dire disponible en continu, des autorisations accélérées et du foncier appuyé par l’État. Sur le papier, aucun voisin européen ne dispose du même assemblage. La logique énergétique tient. La logique financière dépend de trois conditions plus fragiles : que Masayoshi Son reste solvable, qu’OpenAI conserve sa valeur et que les raccordements au réseau arrivent à temps. En Europe, c’est souvent ce dernier point qui cède le premier.

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5/31/2026, 3:17:24 AM
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