L’Espagne vise une gigafactory IA

European AI sovereignty begins with the pouring of concrete in the Spanish dust.
Composition d image · tobriefMadrid veut accueillir l’une des futures gigafactories d’IA financées par l’Union européenne, autour d’un site principal à Móra la Nova, en Catalogne. L’enjeu dépasse le numérique : il porte sur l’électricité, le financement public et l’accès européen à la puissance de calcul.
L’Europe sait produire des règles sur l’intelligence artificielle. Elle sait moins bien produire, à grande échelle, la puissance de calcul qui rend ces systèmes possibles. C’est le pari espagnol : déplacer une partie du rapport de force, non par un nouveau texte réglementaire, mais par des bâtiments, des câbles, des transformateurs et des puces.
Une usine à calculs
Un centre de données classique ressemble à un grand ensemble de services numériques : bases de données d’entreprise, vidéo en ligne, logiciels hébergés, chacun fonctionnant en parallèle. Une gigafactory d’IA obéit à une logique plus industrielle. Des dizaines de milliers de puces spécialisées sont reliées entre elles pour travailler sur un même calcul massif, par exemple l’entraînement d’un modèle de langage ou d’un système capable d’analyser des images médicales. Le stockage, le refroidissement et le réseau doivent être conçus pour éviter que ces puces, très coûteuses, attendent les données au lieu de calculer (Hammerspace, Schneider Electric).
L’Union européenne prévoit de financer jusqu’à cinq gigafactories de ce type sur le continent, chacune dotée d’environ 100 000 puces avancées d’IA (Data Center Dynamics). L’appel à candidatures ouvre ce mois-ci, avec une décision attendue d’ici à la fin de 2026 (elDiario.es). L’Espagne se positionne avec un projet centré sur Móra la Nova, petite ville de la province de Tarragone, et un site secondaire près de Madrid (Europa Press).
Pourquoi l’État espagnol veut en être copropriétaire
La structure du capital dit beaucoup de la nature du projet. Un véhicule d’investissement public détiendrait environ 48 % du consortium, Telefónica, le groupe de construction ACS et Santander environ 16 % chacun, tandis que l’entreprise de calcul quantique Multiverse Computing prendrait 4 % (La Vanguardia, 20minutos). Madrid veut traiter cette infrastructure comme un actif stratégique, pas comme un simple campus privé de cloud. La présence d’un constructeur et d’une banque rappelle aussi que le problème n’est pas seulement technologique : il faut financer, bâtir et raccorder.
Le cadrage financier mérite d’être précis. Les engagements publics identifiables atteignent pour l’instant environ 1 milliard d’euros, en combinant des fonds de l’État espagnol et une contribution au programme européen commun de calcul intensif (esmartcity). Le chiffre souvent cité de 5 milliards d’euros correspond à l’investissement total espéré si la candidature est retenue, non à des sommes déjà mobilisées (elDiario.es).
Le vrai goulet d’étranglement, c’est l’électricité
Une gigafactory d’IA est une installation industrielle. Elle a besoin de foncier, d’électricité et d’eau. À l’échelle de 100 000 puces, la demande électrique atteint celle d’une petite ville. Le poste électrique local de Móra la Nova fournit aujourd’hui 50 MW, avec un projet d’extension vers 125 MW d’ici à 2030 (20minutos).
L’Irlande montre ce qui se passe lorsque le réseau ne suit pas. Les centres de données y ont pris une telle place dans la consommation nationale que le régulateur examine désormais chaque nouveau raccordement en fonction des capacités locales et de la tension imposée au système électrique (CRU). Pour l’Espagne, le dossier se jouera donc autant sur les lignes de transport, les postes électriques et les contrats d’effacement, qui permettent de réduire ou déplacer la demande en période de tension, que sur le nombre de puces annoncé.
Qui pourra vraiment l’utiliser
La justification la plus nette vient de la candidature parallèle du Portugal : la capacité de calcul serait ouverte aux PME, aux start-up, aux chercheurs et aux services publics (Government of Portugal). Un hôpital qui affine un modèle médical, ou une université qui entraîne un système de langage, pourrait utiliser une puissance de calcul européenne sans faire transiter des données sensibles de patients par un cloud non européen.
La France illustre à la fois la promesse et la limite de cette stratégie. Le sommet Choose France a attiré 93 milliards d’euros de promesses d’investissements étrangers liés à l’IA, en partie grâce à l’électricité nucléaire disponible (Le Monde). Mais le nouveau centre de données de Mistral AI près de Paris fonctionne avec 13 800 puces Nvidia, toutes conçues aux États-Unis (Le Nouvel Economiste). L’Europe peut décider où l’IA tourne, qui y accède et quelles règles protègent les données. L’indépendance complète vis-à-vis des puces américaines reste, elle, lointaine (EU AI Policy Monitor).
L’Espagne n’a encore rien gagné. Si elle est retenue, l’exploitation pourrait commencer vers la fin de 2028 (La Vanguardia). Une grande partie de l’argent européen consacré à l’IA reste encore logée dans des programmes et des véhicules de financement, pas dans des machines sur lesquelles les chercheurs peuvent réserver du temps de calcul (Thorsten Meyer AI). Le test décisif sera plus prosaïque : savoir si le poste électrique, le raccordement au réseau et les systèmes de refroidissement de Móra la Nova seront prêts avant que la course à l’IA ne se déplace ailleurs. La souveraineté numérique dépend ici moins des textes que du béton.
How was this article?
Help us get better
Help us get better
Details about this article
- Model:
- claude-opus-4-6
- Generated:
- 7/2/2026, 3:37:28 AM
- Pipeline run:
- eu_pipeline_20260702_015007
- Watermark:
- SynthID (Google's invisible watermark)
- Human review:
- None before publication