Espagne : fin du sursis locatif de deux ans

Spain’s rejected housing decrees leave renters facing an uncertain threshold.
Composition d image · tobriefLe 2 octobre, le Congrès espagnol a rejeté deux décrets de Pedro Sánchez : les locataires perdent le droit de demander jusqu’à deux ans de bail supplémentaires et le retour de la protection contre les expulsions. Junts a fait basculer le vote décisif.
Le décret le plus large a été rejeté par 172 voix contre 178 ; le second, consacré aux renouvellements de bail, par 166 contre 184 (Congreso, EFE). Ces deux textes étaient des décrets-lois royaux : le gouvernement peut les appliquer immédiatement, mais ils expirent si le Congrès ne les valide pas dans les 30 jours (Constitution espagnole). Les députés doivent alors accepter ou rejeter le texte tel quel. Le décret le plus large n’aura été en vigueur qu’environ un jour (Civio, BOE).
Ce que les locataires ont eu pendant un jour
Le décret principal autorisait les locataires dont le bail expirait avant le 31 décembre 2028 à demander jusqu’à deux ans de prolongation, à condition d’être à jour de leur loyer. Le propriétaire devait accepter, sauf exception, notamment s’il avait besoin du logement pour y habiter lui-même (RDL 26/2026). Le texte rétablissait aussi l’interdiction d’expulser les ménages vulnérables sans solution de relogement (El País). D’autres mesures tombent avec lui, dont le gel ou le plafonnement des hausses annuelles de loyer jusqu’en 2027 (ABC).
Le second décret allait plus loin : les baux auraient été automatiquement renouvelés par périodes de cinq ou sept ans. En cas de résiliation par le propriétaire, celui-ci aurait généralement dû verser au locataire une indemnité d’au moins douze mois de loyer (RDL 27/2026).
Pourquoi Junts a voté contre
Les mesures étant réparties entre deux décrets, chacune a fait l’objet d’un vote distinct. Sur le texte le plus large, les sept députés de Junts ont été décisifs : s’ils s’étaient abstenus, le décret aurait été adopté par 172 voix contre 171 (La Voz de Galicia). Le Partido Popular (PP), conservateur, et l’extrême droite de Vox se sont opposés aux deux textes, comme Junts. Le décret sur les renouvellements a été rejeté plus largement : le PNV et Coalición Canaria, qui avaient soutenu le paquet principal, ont voté contre celui-ci (Infobae).
Junts conteste les règles qui font porter une partie du coût de la protection sur les propriétaires. Le décret principal obligeait le bailleur à accepter la demande de prolongation du locataire ; le dispositif contre les expulsions pouvait aussi maintenir un ménage vulnérable dans un logement que son propriétaire voulait récupérer. Selon le parti, ces obligations pousseraient les propriétaires à quitter le marché locatif, ce qui réduirait l’offre et ferait monter les prix.
Junts invoque des données de Banco de España selon lesquelles les particuliers détenaient 91,9 % des logements loués aux prix du marché en 2021 (EFE). Ce chiffre indique qui supporterait le coût des mesures, mais ne prouve pas que les propriétaires se retireraient du marché. Le parti a exigé le retrait des deux textes et déposé sa propre proposition, qui prévoit des prolongations accordées volontairement par les bailleurs (elDiario.es).
Junts a maintenu sa position malgré la pression de la rue. Dans les jours précédant le vote, le gouvernement cherchait encore à apaiser une vague de protestations sur le logement (Le Monde).
Ce qui reste en vigueur
La loi espagnole sur les baux urbains (Urban Leases Act) reste en vigueur. Elle garantit un bail d’au moins cinq ans lorsque le propriétaire est un particulier, et de sept ans lorsqu’il s’agit d’une entreprise. Ensuite, si aucune des deux parties ne donne congé, le bail se prolonge d’un an à la fois, pendant trois ans au maximum (El Confidencial).
Les locataires qui ont demandé une prolongation pendant la brève période d’application du décret se trouvent dans une réelle incertitude juridique. Aucun des textes de rejet ne précise ce qu’il advient des demandes déjà déposées (Demócrata).
Le chef du PP, Alberto Núñez Feijóo, a réclamé des élections anticipées après le rejet des décrets. Au 2 octobre, aucune dissolution du Parlement n’avait été décidée (Euronews).
Le scrutin révèle d’abord un blocage parlementaire : le refus de Junts a suffi à faire tomber les protections les plus larges, alors que la colère sur le logement s’exprimait dans la rue. Les locataires retrouvent les garanties antérieures au décret. Pour faire valider de nouvelles protections par décret-loi, le gouvernement minoritaire de Sánchez devra convaincre Junts, qui considère ces mesures comme un coût imposé aux propriétaires privés. Le vote ne préjuge pas de la prochaine proposition du gouvernement, mais montre qu’elle devra d’abord franchir cet obstacle.
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- 10/3/2026, 2:05:36 AM
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