Cernavodă sauvée par deux centimètres

Two centimetres of Danube water separate generation from shutdown.
Composition d image · tobriefLa Roumanie a fait exploser une formation rocheuse dans le Danube pour relever de quelques centimètres le niveau d’eau près de Cernavodă, sa seule centrale nucléaire. Le répit est mince : la baisse du fleuve menace déjà la production régionale, comme l’a montré l’arrêt progressif de Paks en Hongrie.
Deux centimètres peuvent paraître dérisoires. Sur le Danube roumain, ils valent une journée de production nucléaire. Le 3 août, des plongeurs militaires roumains ont fait sauter une formation rocheuse dans le fleuve, ce qui a relevé d’environ deux centimètres le niveau d’eau près de Cernavodă (Euronews România, Financial Intelligence). À Cernavodă, seule centrale nucléaire du pays et principale source d’électricité pilotable de Roumanie, ce gain peut suffire à maintenir l’accès à l’eau de refroidissement. Le fleuve perdait alors 2 à 3 cm par jour, et la centrale n’aurait eu plus que quatre à cinq jours de fonctionnement possible avant que le débit ne devienne insuffisant (AGERPRES).
La Hongrie donne la mesure du risque. Paks, qui fournit normalement près de la moitié de l’électricité du pays (World Nuclear Association), a été arrêtée progressivement à partir du 27 juillet, le niveau du Danube étant devenu trop bas pour les pompes qui prélèvent l’eau de refroidissement. Le 2 août, un seul des huit turbogénérateurs fonctionnait encore (MVM). En Roumanie comme en Hongrie, les autorités ont demandé aux usines de réduire leur consommation afin de préserver l’approvisionnement des ménages.
Forcer le fleuve
Le rocher de Pârjoaia se trouvait près d’une bifurcation où le Danube se partage entre le Vieux Danube, qui alimente la prise d’eau de Cernavodă, et le bras de Bala, qui captait une grande partie du débit restant. L’explosion n’était que l’opération la plus visible : les équipes ont aussi dragué le chenal d’adduction envasé et coulé quatre barges chargées de pierres pour former un mur sous-marin provisoire (Curs de Guvernare, Libertatea). Le gouvernement a prévu environ 7 millions de lei pour ces travaux, une somme limitée pour une intervention hydraulique d’urgence, mais très inférieure au coût qu’imposerait le remplacement de la production de Cernavodă par des importations.
Le ministre de l’énergie, Radu Miruță, a évoqué un gain d’environ 4 cm après propagation de l’eau en aval (Digi24). L’ensemble du dispositif vise 10 à 12 cm de hausse (HotNews). Mais le fleuve continue de baisser. Les hydrologues estiment que le débit du Danube à Baziaș pourrait tomber à 1 350 m³/s le 10 août, sous le minimum historique de 1 400 m³/s enregistré en 1985 (AGERPRES). L’explosion a acheté du temps. Elle n’a pas changé la trajectoire hydrologique.
Les mégawatts hongrois manquants ont fait monter les prix régionaux
Lors d’une heure de pointe, le 4 août, la Hongrie a importé 3 195 MW, contre 3 049 MW produits sur son territoire. Plus de la moitié de l’électricité consommée venait donc de l’étranger (Portfolio).
Cette demande brutale s’est répercutée sur toute la région. Les réseaux d’Europe centrale et du Sud-Est sont reliés par des enchères transfrontalières : lorsqu’un pays manque d’électricité, il se tourne vers les importations, et le prix augmente dans les zones connectées. Le 29 juillet, les prix day-ahead, fixés la veille pour une livraison le lendemain, atteignaient en moyenne 132 €/MWh dans le corridor hongro-serbe, avec des pics horaires à 268 €/MWh (Serbia Energy). Les contrats à terme pour la semaine suivante sont montés dans une fourchette de 250 à 263 €/MWh (Argus). Remplacer 2 GW de nucléaire par des achats au comptant pendant une vague de chaleur, au moment où la climatisation tire la demande vers le haut, coûte cher. Les prix à terme indiquent que les traders s’attendaient à une tension durable.
Toutes les centrales ne sont pas exposées de la même manière
La centrale nucléaire bulgare de Kozloduy prélève son eau de refroidissement par une station de pompage située dans une baie profonde, une configuration moins vulnérable que le canal ouvert de Cernavodă. Le ministère bulgare de l’énergie a indiqué ne pas anticiper de réduction significative pendant au moins trois semaines (BTA). L’Autriche offre un contraste encore plus net. VERBUND, premier opérateur hydroélectrique du pays, a fait état d’une production au premier semestre 2026 inférieure de 9,8 % à celle de l’année précédente (VERBUND), mais l’Autriche exportait encore de l’électricité en juin (APG). Elle disposait d’assez d’autres moyens de production et de flexibilité réseau pour absorber la même sécheresse.
La Roumanie peut gagner quelques jours avec des barges et du dragage. Elle ne pourra pas traiter durablement l’eau de refroidissement comme une variable d’urgence si les étés plus chauds et les fleuves plus bas deviennent la norme.
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- 8/5/2026, 1:59:38 AM
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