L’émissaire américain Jeff Landry vise des bases militaires souveraines sur fond d’effondrement du gouvernement danois

Washington seeks sovereign enclaves as Greenland’s mineral wealth remains legally unguarded.
Composition d image · tobriefJeff Landry, émissaire de Trump pour le Groenland, est arrivé à Nuuk le 17 mai sans annonce préalable. Face à un Danemark sans gouvernement et à un Groenland sans filtrage des investissements, Washington teste les failles européennes sur l’Arctique et les minerais critiques.
L’arrivée de Jeff Landry n’a rien d’une simple visite économique. Deux jours avant la conférence d’affaires à laquelle il était censé participer, l’émissaire américain a trouvé un territoire où les verrous institutionnels manquent au moment précis où les rapports de force se durcissent : le Groenland concentre 25 des 34 minerais critiques recensés par l’UE, ainsi que les plus importants gisements de terres rares hors de Chine.
Le vide dans lequel Landry s’est engouffré
Le Danemark n’a plus d’exécutif pleinement opérationnel depuis plus de sept semaines. Après l’échec de Mette Frederiksen à former une coalition, Troels Lund Poulsen a été nommé explorateur royal le 11 mai, avec quatorze jours pour trouver une issue. Aucun ministre danois n’a participé à la conférence Future Greenland : seul l’ambassadeur pour l’Arctique a fait le déplacement. Cette paralysie laisse le premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, négocier avec Washington dans une position presque solitaire.
Sa ligne publique est nette, mais ses marges sont étroites. « Nous ne sommes pas à vendre. Nous ne sommes pas à prendre », a-t-il déclaré le 12 mai au Copenhagen Democracy Summit. Il a rejeté toute concession territoriale, affirmant qu’il ne céderait « pas même un timbre-poste », tout en reconnaissant qu’une présence militaire américaine accrue faisait « partie des discussions ». C’est dans cet intervalle, entre refus du transfert de souveraineté et acceptation possible d’une expansion militaire, que se situe le vrai levier américain.
Ce que Washington veut vraiment
La proposition américaine a dépassé la rhétorique initiale de Trump sur l’annexion. Elle est désormais plus précise juridiquement : Washington veut trois nouvelles bases militaires à Narsarsuaq, Kangerlussuaq et dans un troisième lieu non divulgué, toutes dotées du statut de territoire souverain américain. Autrement dit, des enclaves où le droit danois et le droit groenlandais ne s’appliqueraient pas, sur le modèle des zones de souveraineté britanniques à Chypre plutôt que des accords classiques encadrant les bases américaines en Allemagne ou au Japon.
Un tel accord exigerait soit une révision de la Constitution danoise, soit l’indépendance du Groenland suivie d’un transfert territorial. Des juristes jugent ces deux voies extrêmement difficiles dans le cadre actuel. Mais la demande elle-même a une fonction politique : elle décale le point de négociation, de sorte qu’un arrangement inférieur à la souveraineté américaine puisse ensuite apparaître comme un compromis raisonnable.
La course européenne en parallèle
Pendant que Landry présentait son déplacement comme une « mission commerciale », les Européens avaient déjà commencé à bouger. Le ministre français du commerce, Nicolas Forissier, était arrivé deux jours plus tôt pour signer une déclaration de coopération sur l’exploitation minière durable, avec un financement du Bureau de recherches géologiques et minières pour cartographier par satellite le sous-sol groenlandais.
La réponse allemande dit beaucoup du calcul de Berlin. Le chancelier Merz s’est entretenu en privé avec Trump le 15 mai, en évitant l’affrontement public, tout en envoyant quatre Eurofighter dans l’Arctique en signe de solidarité avec le Danemark. Le message visible n’était pas diplomatique, mais militaire. La Finlande a, elle, dépêché deux officiers de liaison, une initiative que son propre ministère des affaires étrangères a d’abord qualifiée de « malentendu » avant de confirmer qu’elle était délibérée.
L’opération Arctic Sentry de l’OTAN, lancée en février sous l’autorité du secrétaire général Mark Rutte, fournit le cadre multilatéral. Rutte l’a dit clairement : « À la suite de mes discussions avec le président américain, l’un des axes de travail est ce qui s’appelle désormais Arctic Sentry ». Cette opération place l’activité militaire arctique sous le Joint Force Command Norfolk, un commandement américain. Washington obtient ainsi une primauté opérationnelle par l’architecture de l’Alliance, sans avoir besoin de revendiquer formellement la souveraineté.
Le verrou qui manque
Le règlement européen sur les matières premières critiques, qui fixe des objectifs contraignants d’extraction et de recyclage à l’horizon 2030, et le plan RESourceEU, doté de 3 milliards d’euros pour 2026, donnent à l’UE un cadre industriel. Mais le Groenland n’a toujours pas adopté sa loi sur le filtrage des investissements, l’outil qui permettrait à Nuuk de bloquer des acquisitions dans les secteurs stratégiques. Le texte a été retiré de la session parlementaire de printemps et repoussé à l’automne.
D’ici là, comme Nielsen l’a lui-même reconnu, aucun mécanisme juridique ne permet d’identifier ou de bloquer des acheteurs agissant pour le compte de Washington. Un consortium canado-norvégien a déjà obtenu des droits miniers dans le corridor de Quanefield sans filtrage préalable. La Cour des comptes européenne a averti en février que l’UE manquerait probablement ses objectifs d’extraction pour 2030. Le Groenland devient ainsi un test de vitesse institutionnelle : Washington agit en jours, l’Europe planifie en années.
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- 5/17/2026, 8:43:06 PM
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