Zaporizhzhia, 10 jours de diesel

Europe’s largest nuclear plant hangs on ten days of diesel.
Composition d image · tobriefLa plus grande centrale nucléaire d'Europe fonctionne depuis le 20 août sans alimentation extérieure. Ses générateurs diesel refroidissent seuls six réacteurs arrêtés et leurs piscines de combustible usé. L'AIEA parle d'environ 10 jours de réserve.
À Zaporijjia, le risque nucléaire ne vient pas d'un réacteur en marche, mais d'une infrastructure que la guerre prive peu à peu de ses sécurités ordinaires. La centrale a perdu sa dernière connexion au réseau électrique le 20 août, lorsque les combats au nord du Dnipro ont sectionné l'unique ligne encore disponible. Dix jours plus tard, seuls les générateurs diesel de secours maintiennent le refroidissement des six réacteurs arrêtés et des piscines de combustible usé (LIGA, NV).
Le directeur général de l'AIEA, Rafael Grossi, a chiffré la marge à environ 10 jours. Sans réparation du réseau ou nouvelles livraisons de diesel, la centrale pourrait perdre toute alimentation électrique, a-t-il averti (Straits Times, RBC-Ukraine).
Une crise construite ligne après ligne
La fragilité de Zaporijjia ne date pas de cette semaine. Avant l'invasion russe à grande échelle, la centrale disposait de 10 lignes électriques extérieures. Elles ont disparu une à une, jusqu'à la panne, le 20 août, de la dernière d'entre elles : Ferosplavna-1, une ligne de 330 kV (Ukrainian News, Rubryka). L'activité militaire empêche même les techniciens d'établir précisément la cause de la rupture. L'AIEA négocie désormais un cessez-le-feu localisé pour permettre aux équipes de réparation d'accéder au site (World Nuclear News).
Les réacteurs ne produisent plus d'électricité depuis plus de deux ans. Mais un réacteur « à l'arrêt » n'est pas un bloc inerte : la désintégration radioactive continue de dégager de la chaleur dans les assemblages de combustible et dans les piscines où le combustible usé est stocké. Les pompes, les vannes et les instruments qui évacuent cette chaleur dépendent tous de l'électricité (Nuclear News Network, News UN). Si l'alimentation du réseau et les générateurs diesel lâchaient en même temps, le refroidissement s'arrêterait et les températures monteraient. Le risque est moindre que pour une centrale en pleine puissance, mais il n'est pas nul.
Les opérateurs avaient relevé début août le niveau d'eau des piscines de combustible usé dans les six unités, afin de gagner du temps avant une éventuelle ébullition en cas de perte du refroidissement actif (Nuclear News Network). Les inspecteurs de l'AIEA ont contrôlé la plupart des 20 générateurs diesel de la centrale et observé, les 27 et 28 août, l'arrivée de camions-citernes depuis deux sites voisins (NV, 5 Kanal). Mais ils n'ont pas visité le principal dépôt extérieur de carburant depuis mars 2025, et les combats auraient retardé de plusieurs mois la dernière livraison prévue vers cette installation (UNN, Rubryka). Le chiffre des 10 jours de diesel vient du personnel de la centrale, non d'un audit indépendant des stocks par l'AIEA.
Trois frappes de drones ont ajouté un second risque dans la semaine : l'une, près du bassin de refroidissement, a blessé deux employés ; une autre a touché le site de stockage à sec du combustible usé ; une troisième a frappé un système d'arrosage (a indiqué l'AIEA sur X, Agerpres). Les niveaux de radiation sont restés normaux. L'agence n'a pas attribué les responsabilités.
La question Rosatom que l'Europe repousse
Les gouvernements européens lisent l'alerte à travers leurs propres équilibres nucléaires.
La France, pays le plus dépendant du nucléaire en Europe, tient une ligne de distinction prudente. Le consultant Stéphane Audrand a expliqué au Parisien qu'une centrale en arrêt à froid ne devient pas « un nouveau Tchernobyl » du seul fait d'une perte d'alimentation électrique (Le Parisien). L'alerte française porte plutôt sur l'environnement industriel de la centrale : la guerre transforme les postes électriques, les routes, les livraisons de carburant et la fatigue des équipes en risques de sûreté (Euronews). Greenpeace France s'appuie sur cette crise pour réclamer des sanctions contre Rosatom, en rappelant que le commerce nucléaire reste exempté des paquets européens de sanctions contre la Russie (France 24).
La Hongrie est le silence le plus visible. Les médias proches du gouvernement ont relayé les données de l'AIEA sans les relier à Paks II, le projet de réacteurs financé par Rosatom à Budapest (Világgazdaság). La raison est concrète : Paks fournit une part importante de l'électricité hongroise, et Paks II est construit et financé par la même entreprise nucléaire publique russe (World Nuclear Association). Budapest a donc intérêt à présenter Zaporijjia comme un problème de guerre, non comme un argument en faveur de sanctions contre Rosatom. Tant que le régime européen de sanctions exempte le secteur nucléaire (Conseil de l'UE), la Hongrie n'a même pas besoin de dégainer son veto.
La Pologne présente l'épisode comme une coercition russe tout en protégeant la confiance publique dans son propre premier programme nucléaire. Son régulateur considère qu'une perte d'alimentation extérieure est un scénario de conception classique, que les générateurs diesel doivent pouvoir gérer ; Zaporijjia est dangereuse à cause de la guerre et de l'occupation, pas à cause de la technologie nucléaire elle-même (BiznesAlert).
La question immédiate est mécanique : savoir si l'effort de Rafael Grossi pour obtenir un cessez-le-feu local permettra aux réparateurs d'intervenir avant l'épuisement du diesel. La question plus large est politique. Zaporijjia montre ce que signifie le contrôle russe d'une infrastructure nucléaire européenne ; l'UE peut pourtant continuer à traiter le dossier comme une urgence de sûreté tout en refusant d'intégrer le levier nucléaire russe dans ses sanctions. C'est le choix que les ministres des affaires étrangères repoussent encore.
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- 8/30/2026, 1:52:03 AM
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