Zaporizhzhia, dix jours sans compte à rebours

Zaporizhzhia’s safety rests on fuel reserves outsiders cannot fully inspect.
Composition d image · tobriefPrivée de sa dernière ligne électrique depuis le 20 août, la centrale nucléaire de Zaporijjia fonctionne depuis onze jours sur générateurs diesel. Le risque tient moins à une catastrophe imminente qu’à l’érosion des marges de sûreté, sous occupation russe et près du front.
Dans la plus grande centrale nucléaire d’Europe, chaque watt dépend désormais du diesel. Les six réacteurs de Zaporijjia sont à l’arrêt et ne produisent plus d’électricité, mais les assemblages combustibles et les piscines de combustible usé continuent de dégager de la chaleur par décroissance radioactive. Il faut donc alimenter les pompes qui évacuent cette chaleur, les instruments qui la mesurent et les systèmes anti-incendie. Depuis le 20 août, date à laquelle les combats au nord du Dnipro ont coupé la dernière ligne électrique externe de la centrale, les générateurs d’urgence assurent seuls cette fonction vitale (AIEA sur X, Al Jazeera).
Le 28 août, le directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, a averti que, sans rétablissement du réseau ou nouvelles livraisons de diesel, la centrale pourrait perdre toute alimentation électrique dans une dizaine de jours. Ce chiffre a été lu comme une horloge nucléaire. Il dit autre chose : le niveau minimal de carburant disponible, dans une installation où les lignes de défense se réduisent une à une.
Dix jours, c’est une marge de carburant, pas un compte à rebours vers la fusion
La réserve de dix jours vient du personnel de la centrale, qui l’a transmise à l’AIEA comme le niveau minimal de diesel requis par les règles d’exploitation (LIGA, The Hindu). Elle n’a pas fait l’objet d’un audit indépendant complet. Les inspecteurs de l’AIEA ont vérifié les niveaux de carburant dans la plupart des 20 générateurs d’urgence et ont vu arriver des camions-citernes depuis deux sites proches les 27 et 28 août (NV, UNN). Mais ils n’ont pas eu accès au principal dépôt de carburant hors site depuis mars 2025 : les conditions de sécurité et l’activité militaire ont bloqué les inspections, et une livraison prévue en mai a été reportée (mise à jour 313 de l’AIEA, Straits Times).
Si le diesel venait à manquer, les conséquences seraient graves, mais pas instantanées. Le régulateur nucléaire finlandais STUK a indiqué à Yle que, la centrale étant arrêtée depuis 2022, un accident sévère après une perte totale de refroidissement prendrait probablement des semaines à se développer, et pourrait même ne pas se produire, les structures des réacteurs absorbant une partie de la chaleur (Yle). Bellona, fondation environnementale norvégienne, estime qu’en cas d’arrêt complet du refroidissement, l’eau continuerait à s’évaporer dans les bâtiments réacteurs pendant deux à trois semaines avant que le combustible ne puisse être exposé (Bellona). Les opérateurs ont aussi relevé, début août, le niveau d’eau des piscines de combustible usé des six unités, ce qui retarde le moment où l’ébullition pourrait commencer (World Nuclear News, Nuclear News Network).
La centrale n’est donc pas en situation normale. Mais le danger n’est pas celui d’une bombe à retardement : il réside dans la disparition progressive des redondances qui, en temps ordinaire, séparent un incident technique d’un accident nucléaire.
Qui peut réparer ?
Avant l’invasion russe à grande échelle, Zaporijjia était raccordée à dix lignes électriques externes. La guerre les a ramenées à une seule. Lorsque la ligne Ferosplavna-1 de 330 kV est tombée le 20 août, le diesel est devenu l’unique filet de sécurité d’un site conçu pour encaisser des urgences de quelques heures, pas des semaines d’isolement (Zeit, DW). Rafael Grossi tente désormais d’obtenir un cessez-le-feu localisé afin que des techniciens puissent atteindre la ligne endommagée (World Nuclear News).
Le blocage tient à une autorité éclatée. L’Ukraine reste le souverain légal, et son régulateur nucléaire demeure l’autorité de sûreté légitime. La Russie contrôle physiquement le site : accès, personnel, logistique du carburant. L’AIEA peut inspecter, alerter et servir d’intermédiaire, mais elle ne peut ni imposer des normes de sûreté à l’intérieur d’un État, ni ordonner des réparations (FAQ de l’AIEA). Quant au Conseil de sécurité de l’ONU, seul organe doté d’un pouvoir coercitif, il se heurte au veto russe.
La position européenne consiste à soutenir l’accès de l’AIEA et à exiger le maintien de toutes les unités en arrêt à froid, c’est-à-dire dans un état où la température et la pression du réacteur restent basses. Concrètement, cela laisse trois leviers : sanctions, diplomatie et préparation d’urgence au cas où un incident radiologique toucherait le territoire de l’Union (question E-003880/2025 au Parlement européen, SEAE). Paris traite Zaporijjia comme un risque de guerre, non comme un argument contre son propre parc nucléaire, tandis que des ONG réclament des sanctions contre Rosatom que la France n’a pas endossées (Connaissance des Énergies). La Hongrie, elle, relaie les données de l’AIEA sans relier la crise à son projet Paks II, financé par Rosatom : une dépendance qui réduit la marge politique de Budapest sur le nucléaire russe (Portfolio).
La porte-parole de la centrale nommée par les Russes, Yevgenia Yashina, affirme que les équipes surveillent les approvisionnements et rejette l’idée d’un compte à rebours inéluctable (TASS). C’est la version de l’administration d’occupation. Elle peut être exacte aujourd’hui. Mais la sûreté de Zaporijjia dépend désormais d’une chaîne d’approvisionnement en diesel opérant sous occupation, près de combats actifs, avec un accès d’inspection que les observateurs extérieurs ne peuvent vérifier qu’en partie. L’acteur qui contrôle physiquement la centrale n’a pas l’autorité légitime pour l’exploiter ; ceux qui disposent de cette autorité ne peuvent pas l’atteindre.
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- 8/31/2026, 1:48:48 AM
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